Contemporain·Coup de coeur·Drame

Chavirer, de Lola Lafon

TitreChavirer

AuteurLola Lafon

EditionActes Sud

Pages344

Prix20.50€

Résumé1984. Cléo, treize ans, qui vit entre ses parents une existence modeste en banlieue parisienne, se voit un jour proposer d’obtenir une bourse, délivrée par une mystérieuse Fondation, pour réaliser son rêve : devenir danseuse de modern jazz. Mais c’est un piège, sexuel, monnayable, qui se referme sur elle et dans lequel elle va entraîner d’autres collégiennes. 2019. Un fichier de photos est retrouvé sur le net, la police lance un appel à témoins à celles qui ont été victimes de la Fondation.
Devenue danseuse, notamment sur les plateaux de Drucker dans les années 1990, Cléo comprend qu’un passé qui ne passe pas est revenu la chercher, et qu’il est temps d’affronter son double fardeau de victime et de coupable. Chavirer suit les diverses étapes du destin de Cléo à travers le regard de ceux qui l’ont connue tandis que son personnage se diffracte et se recompose à l’envi, à l’image de nos identités mutantes et des mystères qui les gouvernent.


Mon avis : 

Surement un des romans qui a le plus fait parler de lui lors de cette rentrée littéraire 2020, en grande partie à cause de son sujet : les réseaux pédophiles. C’est un sujet qui fait un écho glaçant à l’affaire Epstein.

Cléo n’a que douze ans quand elle est abordée par une femme qui lui parle de la Fondation Galatée et l’entraine à devenir recruteuse à son tour. Mais à douze ans, Cléo ne sait pas la gravité de ce qu’elle fait ça la hantera tout au long de sa vie. Car sans le savoir, elle recrute parmi ses amies, des victimes pour un réseau pédophile.

Le texte est dur, certains passages sont immondes, le tout est porté par la culpabilité sans fin de Cléo. A travers elle mais aussi les personnes qui l’ont connue au cours de sa vie, on retrace son parcours jusqu’à l’absolution offerte par les témoignages lors de l’enquête sur la fondation. Ce roman est un coup de poing dans le ventre. On y découvre ou redécouvre la dureté du milieu de la danse, la passion dévorante qui anime les danseur.se.s qui sont prêt.e.s à tout pour réussir. L’autrice nous montre les biais de manipulation des réseaux pédophiles, la sélection des profils de victimes, la culpabilisation constante alliée à une valorisation des enfants. 

Cléo est un personnage particulier, qui nous touche tout en nous rebutant. Car elle est aussi bourreau que victime. Parfois égoïste, elle s’enferme dans un monde rongé par la culpabilité. Je n’arrive pas à mettre des mots assez forts sur ce qu’elle m’a fait ressentir tant ce livre m’a chamboulée.

Lola Lafon nous décrit tout cela avec une plume incisive et en même temps plein de pudeur pour les violences sexuelles dont sont victimes ces jeunes filles. La narration qui parait décousue dans les premières pages, révèle son sens sur les dernières phrases et achève un tableau à la fois triste et plein d’espoir de pardon pour chacune.

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