Contemporain·Romance

Les dédicaces, de Cyril Massarotto

TitreLes dédicaces

AuteurCyril Massarotto

EditionFlammarion

Pages263

Prix20€

RésuméDe Claire, on ne sait pas grand-chose, sinon qu’elle vit à Paris et collectionne les livres dédicacés. Son plus grand plaisir est d’écumer les librairies à la recherche de ces trésors qui font de chaque livre un objet unique et précieux, « parce que la dédicace ajoute une histoire à l’histoire ». Chez un bouquiniste, elle tombe sur un livre dont la dédicace lui laisse une désagréable impression de vulgarité. L’auteur, Frédéric Hermelage, laisse son numéro de téléphone à une certaine Salomé, assorti d’un compliment outrancier. Seulement, à la lecture, le roman est à l’opposé de la dédicace. Subtil, élégant. Comment expliquer un tel contraste? De librairies en Salons du livre, Claire va alors se lancer sur les traces de cet écrivain discret, jusqu’à franchir les règles de la fiction.


Mon avis : 

Un nouveau roman de Cyril Massarotto pour la Rentrée Littéraire ? Evidemment que j’allais le lire ! Mais je dois dire que j’ai été bien en peine pendant un moment, de dire si j’avais aimé ou pas…

Claire est une femme d’une quarantaine d’années, qui a pour passion de récolter et collectionner les romans dédicacés. Mais attention, avoir des romans dédicacés à son nom serait beaucoup trop simple et de bas étage, elle ne souhaite que des livres dédicacés pour d’autres personnes car pour elle la dédicace raconte une histoire. Elle va partir à la recherche de Frédéric Hermelage, un auteur dont la dédicace la choque et est à l’origine d’une fascination presque malsaine. De là débute une histoire où tout n’est pas exactement ce qu’il semble être…

Attention aux personnes susceptibles, ce livre est à prendre avec un fort esprit de second degré car toute la sphère littéraire, des auteurs aux éditeurs en passant par les lecteurs et les blogueurs, en prend pour son grade. Claire, l’héroïne est une femme que je qualifierai d’imbuvable, certaines de ses opinions, elle critique tout ce qu’elle trouve moins intelligent qu’elle. Les romans feel-good sont « des livres faciles », les personnes qui font la queue pour des dédicaces sont stupides, etc etc. Mais lorsqu’on remet le roman en perspective, à savoir qu’après tout, ce livre est lui-même un « livre facile », on voit bien que Cyril Massarotto a choisi le second degré comme maître-mot dans ce dernier roman.

Il a fait de Claire le stéréotype de la lectrice imbue d’elle-même, qui regarde tout et tout le monde de haut et a une idée bien précise de ce que devrait être la bonne littérature. Quant à Frédéric, il est presque pire car en plus il est Auteur avec un grand A. Ensemble, ils sont le parfait couple imbuvable qui classe la littérature est « valable » et « non-valable », qu’on a envie de tarter à chaque page mais qu’on aime suivre pour voir la prochaine phrase incongrue qu’ils vont sortir.

Cyril Massarotto nous fait une histoire « facile » de couple et une critique au second degré de l’univers du livre. Mais toujours avec sa petite touche, ce petit retournement de fin qui laisse les lecteurs sur les fesses et qui me fait frissonner de stupeur. Loin d’être mon préféré de l’auteur, c’est pourtant surement un de ses plus intelligents dans sa construction au second degré. Bravo monsieur !

Fantasy·Drame·Coup de coeur·Réécriture

Wicked, de Gregory Maguire

TitreWicked : la véritable histoire de la Méchante Sorcière de l’Ouest

AuteurGregory Maguire

EditionBragelonne

Pages496

Prix20€

RésuméDans Le Magicien d’Oz, Dorothée triomphe de la Méchante Sorcière de l’Ouest. Mais nous n’avions que cette version de l’histoire…Qui est vraiment cette mystérieuse sorcière ? Est-elle donc si méchante ? Comment a-t-elle hérité de cette terrible réputation ? Et si c’était elle, la véritable héroïne du monde d’Oz ? Ouvrez ce livre et vous découvrirez enfin la merveilleuse et terrible vérité. Quels que soient vos souvenirs de ce chef-d’œuvre qu’est Le Magicien d’Oz, vous serez passionné et touché par le destin incroyable de cette femme au courage exceptionnel. Entrez dans un monde fantastique si riche et si vivant que vous ne verrez plus jamais les contes de la même manière…


Mon avis : 

J’ai toujours adoré le film du Magicien d’Oz et toujours rêvé de voir la comédie musicale Wicked. Quand j’ai appris que ce roman était une réécriture du classique de L. Frank Baum et à l’origine du succès de Broadway, il était impossible que je passe à côté !

Wicked raconte l’histoire de la Méchante Sorcière de l’Ouest, Elphaba, de sa naissance à sa mort, tuée par la petite Dorothée Gale. On découvre alors le monde d’Oz d’une toute autre manière, loin de la vision étriquée et biaisée de Dorothée, et c’est un monde profondément politique où la magie a finalement peu de poids face à la science. Elphaba, loin d’avoir toujours été une méchante sorcière, est une femme intelligente et révoltée par le devenir de son pays dirigé par l’usurpateur qu’est le magicien. Parmi les thématiques abordées, on y retrouve des problèmes liés à la religion, à la place des femmes dans la société, et au racisme : après tout, pourquoi les mondes imaginaires devraient-ils échapper aux problèmes de nos sociétés actuelles ? Gregory Maguire a pour moi écrit un chef d’oeuvre car tout est crédible et une fois le livre refermé, il est impossible de ne pas penser que ce roman est la réelle histoire du monde d’Oz.

Pour autant, n’allez pas croire qu’Elphaba est glorifiée et exempte de défauts, ou encore que tout ses méfaits ont été inventés. Elphaba est une femme dure, avec un caractère bien trempée et une certaine idée de la justice, qui peut friser la violence. En ayant à coeur le bien commun, elle est prête à tout, même à blesser les autres et elle-même. C’est le portrait d’une révolutionnaire, d’une savante et d’une femme que fait l’auteur : avec tous ses bons et ses mauvais côtés, ses désirs et ses peurs. Le tout est criant de vérité.

Aux côtés d’Elphaba, on retrouve bien évidemment Glinda la bonne fée, Nessarose la Méchante Sorcière de l’Est et l’odieux Magicien d’Oz. Les rapports sont inversés et c’est captivant de découvrir la face cachée de ceux que l’on pense connaître depuis l’enfance. Glinda se révèle naïve et obsédée par la beauté et elle-même ; on découvre Nessarose (qui est à peine évoquée dans le film et le livre original) et surtout, on découvre que le magicien d’Oz est un usurpateur plus grand que ce que l’on pensait. Un homme qui a prit le pouvoir de force pour instaurer son culte de la personnalité et mettre les royaumes à ses pieds.

J’ai absolument tout aimé dans ce roman, c’est une révélation aussi bien qu’un coup de coeur. Si vous avez aimé Le Magicien d’Oz, lisez-le, ça vous ouvrira une nouvelle dimension de cette oeuvre !

Attention tout de même, contrairement au conte original, nous sommes bel et bien dans un livre pour adultes ici, où la violence et la sexualité ne sont pas édulcorés. Ce roman, bien que je le conseille à tous et à toutes, n’est pas à mettre dans les mains d’enfants.

Contemporain·Coup de coeur·Drame·Religion

Bénie soit Sixtine, de Maylis Adhémar

Titre : Bénie soit Sixtine

AuteurMaylis Adhémar

EditionJulliard

Pages304

Prix : 19€

RésuméSixtine, jeune femme très pieuse, rencontre Pierre-Louis, en qui elle voit un époux idéal, partageant les mêmes valeurs qu’elle. Très vite, ils se marient dans le rite catholique traditionnel et emménagent à Nantes. Mais leur nuit de noces s’est révélée un calvaire, et l’arrivée prochaine d’un héritier, qui devrait être une bénédiction, s’annonce pour elle comme un chemin de croix. Jusqu’à ce qu’un événement tragique la pousse à ouvrir les yeux et à entrevoir une autre vérité.


Mon avis : 

Alors qu’on parle régulièrement des dérives de la religion musulmane, j’ai trouvé intéressant d’avoir un roman sur les dérives des extrémistes catholiques. Car Sixtine fait partie d’un groupe appelé Les Frères de la Croix, des traditionnalistes jugés sectaires. Mais ayant toujours été élevée dans leurs croyances, Sixtine ne le voit pas, jusqu’à ce qu’elle devienne mère, et s’interroge sur les dérives de cette branche : le sexisme, l’éducation des enfants, l’embrigadement très jeune, … Autant de préceptes qu’elle refuse et dont elle veut désormais s’affranchir en s’enfuyant.

J’ai trouvé l’histoire très bien menée car on prend conscience de la force de persuasion de ces milieux, et de leur pouvoir sur celles et ceux qui tentent de s’en affranchir. Sixtine est une jeune femme extrêmement courageuse, qui doit réapprendre à vivre hors de la secte, comme si elle découvrait le monde pour la première fois. La suivre avant et tout au long de cette renaissance a été un plaisir. Pour protéger son fils, elle est prête à tout : se cacher, mentir, s’isoler… Elle apprend à être mère en même temps qu’être elle-même et ne lâche rien. Au long de son parcours, on voit les cas de conscience et les interrogation de notre héroïne : ce qu’elle fait est-il bien par rapport à la religion ? Car bien que souhaitant s’émanciper de la doctrine sectaire, Sixtine ne remet pas sa foi en cause et il est intéressant de voir l’adéquation des messages religieux avec le parcours d’une femme aujourd’hui.

Malgré son sujet difficile, le roman ne tombe jamais dans le sombre et la violence extrême. Le message est avant tout un message d’espoir et d’émancipation. A l’instar de Sixtine, si on commence le roman avec une impression de suffocation, on a peu à peu l’impression de respirer jusqu’à la fin qui est pareille à un grand souffle d’air. Je compte bien conseiller ce roman autant que possible tant il m’a marquée.

Bilan

Bilan Lecture de Septembre : la Rentrée Littéraire !

Ah la rentrée… Pour moi, ça a signé la Rentrée Littéraire 2020. Et c’est une rentrée bien chargée cette année au niveau des thèmes abordés. Bon courage pour trouver quelques livres joyeux, car la plupart abordent des thématiques lourdes : la fin du monde agricole et les violences faites aux femmes notamment. J’ai passé mon mois de septembre à ne lire que des essais ou des romans de la Rentrée Littéraire et j’avoue que ça a été chouette car j’ai découvert des titres que je n’aurai pas forcément lus autrement.

J’ai pour l’instant eu 3 coups de coeur : Chavirer, Mon père ma mère mes tremblements de terre, et Bénie soit Sixtine 🙂

 

Contemporain·Coup de coeur

Mon père ma mère mes tremblements de terre, de Julien Dufresne-Lamy

TitreMon père, ma mère, mes tremblements de terre

AuteurJulien Dufresne-Lamy

EditionBelfond

Pages256

Prix17€

RésuméDans cette salle, Charlie, quinze ans, patiente avec sa mère. Bientôt, son père sortira du bloc. Elle s’appellera Alice. Durant ce temps suspendu, Charlie se souvient des deux dernières années d’une vie de famille terrassée. Deux années de métamorphose, d’émoi et de rejet, de grands doutes et de petites euphories. Deux années sismiques que Charlie cherche à comprendre à jamais. Tandis que les longues minutes s’écoulent, nerveuses, avant l’arrivée d’Alice, Charlie raconte la transition de son père. Sans rien cacher de ce parcours plus monumental qu’un voyage dans l’espace, depuis le jour de Pâques où son père s’est révélée. Où, pour Charlie, la terre s’est mise à trembler.


Mon avis : 

Encore un sujet sensible traité par la Rentrée Littéraire de cette année 2020 : la transidentité.

Ici, la transidentité est vue par l’enfant de la personne concernée. Charlie est au collège quand son père leur annonce, à sa mère et à lui, qu’il a toujours été une femme et qu’il souhaite transitionner. Pour la famille, c’est le début des tremblements de terre et d’un parcours du combattant. Un combat pour qu’Alice, le père, se fasse accepter ; pour que le couple survive ou non à cette transition ; et pour que Charlie comprenne et accepte ces changements. Alors que son père est opéré pour changer de sexe, Charlie repense à ces deux ans de parcours. Julien Dufresne-Lamy raconte avec beaucoup de sensibilité ce changement du point de vue du fils.

Charlie passe de la haine de son père à l’acceptation avant de retrouver le chemin de l’amour. Pour lui, voir ces bouleversements par le prisme de la science, sa passion, le rassure. Pour nous, c’est un biais de narration qui nous permet une vision aussi complète que possible de la transidentité : de la découverte à l’opération, en passant par les émotions, les changements physiques, mais aussi les différents prismes de la transidentité. La transition est montrée à travers le journal de bord que tient Charlie sur l’évolution et la naissance d’Alice, qui aboutit à cette opération.

Et à côté de Charlie et son père, il y a la mère. Parfois grande oubliée par les deux personnes qui partagent sa vie, elle subit également de plein fouet ces changements. Qu’est-elle à présent ? Lesbienne ? Toujours mère de famille ? Doit-elle rester ou partir loin de ce « taré » ? La transidentité, loin de ne toucher qu’une personne, affecte toutes les personnes proches de celui/celle qui souhaite transitionner. Cette mère est peut-être le personnage qui m’a le plus touchée car tout le monde semble ignorer les impacts sur celle qui fait tout pour soutenir tout le monde au point de s’oublier. 

Le livre semble d’une grande justesse (n’étant pas concernée, je ne préfère pas m’avancer plus), les bons comme les mauvais moments y sont évoqués : les difficultés de trouver un bon médecin, les problèmes financiers, la transphobie et l’homophobie, le harcèlement… mais aussi les petits bonheurs comme lorsqu’Alice arrive à être reconnue comme une femme même au téléphone. Même en étant informée sur le sujet, je n’imaginais pas toutes ces épreuves et ce roman est une fenêtre ouverte sur la différence et la transidentité.

Au-delà de nous proposer un livre sur la transition de genre, Julien Dufresne-Lamy nous propose un roman sur la famille. Sur l’amour qui peut lier les membres d’une famille, quels que soient les choix de chacun. Il nous montre qu’avec le respect et l’amour, il est possible d’avancer tous ensemble et c’est un formidable message d’espoir et de positivité.

Drame·Historique

Aria, de Nazanine Hozar

TitreAria

AuteurNazanine Hozar

EditionStock

Pages : 516

Prix24€

Résumé : Téhéran, 1953. Par une nuit enneigée, Behrouz, humble chauffeur de l’armée, entend des pleurs monter d’une ruelle. Au pied d’un mûrier, il découvre une petite fille aux yeux bleus, âgée de quelques jours à peine. Il décide de la ramener chez lui, bouleversant ainsi sa vie et celle de l’enfant, qu’il prénomme Aria. De ses premiers pas dans les quartiers Sud de Téhéran aux grilles du très chic lycée Razi, trois figures maternelles façonneront l’existence de l’indomptable Aria : la cruelle Zahra — femme de Behrouz —, la riche veuve Ferdowsi et la mystérieuse Mehri.


Mon avis : 

Cette Rentrée Littéraire 2020 aura vraiment été celle des titres aux sujets forts, et souvent féminins. Aria n’échappe pas à la vague.

Ce récit nous raconte l’histoire d’Aria, une petite fille aux yeux bleus, signe du diable, recueillis par Behrouz dans les rues de Téhéran. Elle va grandir, au milieu de ce pays en plein bouleversement politique, et tentera de se faire une place, sous l’égide des trois femmes qui marqueront sa vie. Ne vous attendez pas à un roman joyeux, car Aria a un vie difficile, en tant que femme et en tant que personne aux yeux bleus. La violence, de sa mère et des autres, est son quotidien. Et au coeur de cette violence, les changements politiques et religieux de l’Iran, qui passe de la dictature moderniste du Shah à celle religieuse de l’ayatollah Khomeini. Cet événement est évoqué de manière allusive, car Aria ne s’y intéresse que peu, mais c’est assez mis en avant pour donner envie aux lecteur.ice.s de se renseigner sur le sujet. A titre personnel, j’ai découvert un pan de l’Histoire que je ne connaissais pas du tout.

Au cours du roman, la place des femmes est importante car c’est entourée de femmes qu’Aria va grandir. Cette petite fille, abandonnée par sa mère biologique, n’aura de cesse que de chercher un substitut dans les différentes femmes qu’elle rencontrera, même lorsqu’elles sont cruelles comme Zahra. Que ce soit Zahra la cruelle, Ferdowsi la riche silencieuse ou Mehri la mère invisible, chacune participe à construire Aria, à en faire une femme forte et indépendante. Car Aria est un personnage singulier, elle a une vision du monde bien à elle. On referme le roman en se demandant comment elle évoluera par la suite et il est impossible de réellement le savoir.

Le tout est porté par une très belle plume, qui montre toute la dureté mais aussi la beauté du monde. Ce roman est très dur mais également sublime.

Contemporain·Romance

Une rose seule, de Muriel Barbery

TitreUne rose seule

AuteurMuriel Barbery

EditionActes Sud

Pages157

Prix : 17.50€

RésuméRose arrive au Japon pour la première fois. Son père, qu’elle n’a jamais connu, est mort en laissant une lettre à son intention, et l’idée lui semble assez improbable pour qu’elle entreprenne, à l’appel d’un notaire, un si lointain voyage. Accueillie à Kyoto, elle est conduite dans la demeure de celui qui fut, lui dit-on, un marchand d’art contemporain. Et dans cette proximité soudaine avec un passé confisqué, la jeune femme ressent tout d’abord amertume et colère.
Mais Kyoto l’apprivoise et, chaque jour, guidée par Paul, l’assistant de son père, elle est invitée à découvrir une étrange cartographie, un itinéraire imaginé par le défunt, semé de temples et de jardins, d’émotions et de rencontres qui vont l’amener aux confins d’elle-même. Ce livre est celui de la métamorphose d’une femme placée au coeur du paysage des origines, dans un voyage qui l’emporte jusqu’à cet endroit unique où se produisent parfois les véritables histoires d’amour.


Mon avis : 

J’ai continué ma découverte de la rentrée littéraire 2020 avec la lecture du dernier roman de Muriel Barbery, qui nous avait proposé L’élégance du hérisson il y a quelques années.

Rose est une femme qui part à Kyoto, au Japon, pour entendre le testament d’un père qu’elle n’a jamais connu. Là-bas, elle suivra, accompagnée de Paul, un itinéraire presque spirituel choisi par son père au travers des différents temples de la ville. Elle apprendra à se connaître et se reconnaître avant de s’apaiser et faire son deuil. 

J’ai eu beaucoup de mal avec la première moitié de ce court roman. Si la plume est sublime et poétique, les descriptions de temples, avec des phrases presque trop longues, m’ont un peu perdue. Pour tout dire, j’ai même hésité à abandonner ma lecture. J’ai alors fait une pause pour lire les avis sur le textes et essayer de mettre des mots sur ce que je ressentais. Les avis dithyrambiques m’ont incitée à continuer et j’ai bien fait, car quelques pages après, l’histoire a semblé se révéler et j’ai beaucoup aimé la suite de ma lecture.

Je pense que ma difficulté a tenu à une narration qui reflétait parfaitement le sentiment intérieur de l’héroïne. Car Rose a une tendance forte à la dépression et à l’agressivité. Elle évolue elle-même dans un marasme constant, et les premières pages me faisaient l’effet d’un lac où j’avais beau nager en tous sens, je n’avançais pas. Au fur et à mesure que Rose se met à voir le monde différemment, j’ai moi-même vu le texte différemment et il a semblé s’ouvrir à moi.

Pour moi, ce roman a été une expérience très particulière. J’ai été subjuguée par la plume de l’autrice et la beauté des paysages évoqués, tout en étant bloquée par les émotions de Rose que Muriel Barbery arrivait à traduire avec ses descriptions. Ce titre gagne à être lu ne serait-ce que pour l’expérience qu’il représente et la poésie de l’écriture.

Contemporain·Coup de coeur·Drame

Chavirer, de Lola Lafon

TitreChavirer

AuteurLola Lafon

EditionActes Sud

Pages344

Prix20.50€

Résumé1984. Cléo, treize ans, qui vit entre ses parents une existence modeste en banlieue parisienne, se voit un jour proposer d’obtenir une bourse, délivrée par une mystérieuse Fondation, pour réaliser son rêve : devenir danseuse de modern jazz. Mais c’est un piège, sexuel, monnayable, qui se referme sur elle et dans lequel elle va entraîner d’autres collégiennes. 2019. Un fichier de photos est retrouvé sur le net, la police lance un appel à témoins à celles qui ont été victimes de la Fondation.
Devenue danseuse, notamment sur les plateaux de Drucker dans les années 1990, Cléo comprend qu’un passé qui ne passe pas est revenu la chercher, et qu’il est temps d’affronter son double fardeau de victime et de coupable. Chavirer suit les diverses étapes du destin de Cléo à travers le regard de ceux qui l’ont connue tandis que son personnage se diffracte et se recompose à l’envi, à l’image de nos identités mutantes et des mystères qui les gouvernent.


Mon avis : 

Surement un des romans qui a le plus fait parler de lui lors de cette rentrée littéraire 2020, en grande partie à cause de son sujet : les réseaux pédophiles. C’est un sujet qui fait un écho glaçant à l’affaire Epstein.

Cléo n’a que douze ans quand elle est abordée par une femme qui lui parle de la Fondation Galatée et l’entraine à devenir recruteuse à son tour. Mais à douze ans, Cléo ne sait pas la gravité de ce qu’elle fait ça la hantera tout au long de sa vie. Car sans le savoir, elle recrute parmi ses amies, des victimes pour un réseau pédophile.

Le texte est dur, certains passages sont immondes, le tout est porté par la culpabilité sans fin de Cléo. A travers elle mais aussi les personnes qui l’ont connue au cours de sa vie, on retrace son parcours jusqu’à l’absolution offerte par les témoignages lors de l’enquête sur la fondation. Ce roman est un coup de poing dans le ventre. On y découvre ou redécouvre la dureté du milieu de la danse, la passion dévorante qui anime les danseur.se.s qui sont prêt.e.s à tout pour réussir. L’autrice nous montre les biais de manipulation des réseaux pédophiles, la sélection des profils de victimes, la culpabilisation constante alliée à une valorisation des enfants. 

Cléo est un personnage particulier, qui nous touche tout en nous rebutant. Car elle est aussi bourreau que victime. Parfois égoïste, elle s’enferme dans un monde rongé par la culpabilité. Je n’arrive pas à mettre des mots assez forts sur ce qu’elle m’a fait ressentir tant ce livre m’a chamboulée.

Lola Lafon nous décrit tout cela avec une plume incisive et en même temps plein de pudeur pour les violences sexuelles dont sont victimes ces jeunes filles. La narration qui parait décousue dans les premières pages, révèle son sens sur les dernières phrases et achève un tableau à la fois triste et plein d’espoir de pardon pour chacune.

Adaptation·Drame·Historique·Mythologie·Réécriture·Romance

Le chant d’Achille, de Madeline Miller

TitreLe chant d’Achille

AuteurMadeline Miller

EditionPocket

Pages480

Prix8.10€

RésuméPatrocle, jeune prince maladroit, part en exil à la cour du roi Pélé. Il y rencontre Achille, son exact contraire, doué pour tout ce qu’il entreprend. Malgré leurs différences, les deux jeunes hommes deviennent inséparables. Le destin les mènent à la guerre de Troie. La violence des Dieux et des hommes fera de leur histoire un drame.


Mon avis : 

Achetée il y a plus d’un an après l’avoir vue en long, en large et en travers sur la blogosphère, j’ai enfin sorti cette réécriture du mythe d’Achille pendant mes vacances !

Avec mes études classiques, je connais très bien le mythe d’Achille, la guerre de Troie et l’Iliade ; j’attendais donc beaucoup de cette revisite, et je n’ai pas été déçue ! Madeline Miller nous raconte l’histoire d’Achille du point de vue de Patrocle, son compagnon d’armes… et plus que ça. Si la relation entre Achille et Patrocle a bien souvent amené à des plaisanteries graveleuses et à un soupçon d’homosexualité, c’est parce qu’il y a de grandes chances qu’ils aient été amants. L’autrice nous dévoile leur relation, de leur rencontre à leur décès. Sous l’oeil de Patrocle, Achille se révèle plus humain, on comprend mieux ses décisions et ses actes, loin de l’orgueil démesuré raconté par Homère.

Les personnages de Patrocle et Achille ont une psychologie intéressante car ils ne sont pas parfaits : maladroits, guidés par leur éducation, la pression parentale, … Le traitement d’Achille est le plus intéressant car en voyant sa relation avec son amant, on comprend mieux ses décisions, notamment par rapport à Briséis. La fin est proprement déchirante et on sent bien la dimension tragique qui mène les héros à leur perte, quoi qu’ils fassent. 

Le tout est porté par la narration fluide et passionnée de l’amour que les deux garçons se portent. A-t-on vu relation plus tendre et profonde que la leur ? On se laisse transporter sans efforts dans la Grèce Antique et je suis ressortie du roman en ayant envie de relire l’Iliade (chose qui ne m’arrive jamais évidemment).

Fantasy

Le prieuré de l’oranger, de Samantha Shannon

TitreLe prieuré de l’oranger

AuteurSamantha Shannon

EditionDe Saxus

Pages992

Prix24,90€

RésuméLa maison Berethnet règne sur l’Inys depuis près de mille ans. La reine Sabran IX qui rechigne à se marier doit absolument donner naissance à une héritière pour protéger son reinaume de la destruction, mais des assassins se rapprochent d’elle…
Ead Duryan est une marginale à la cour. Servante de la reine en apparence, elle appartient à une société secrète de mages. Sa mission est de protéger Sabran à tout prix, même si l’usage d’une magie interdite s’impose pour cela.
De l’autre côté de l’Abysse, Tané s’est entraînée toute sa vie pour devenir une dragonnière et chevaucher les plus impressionnantes créatures que le monde ait connues. Elle va cependant devoir faire un choix qui pourrait bouleverser son existence.
Pendant que l’Est et l’Ouest continuent de se diviser un peu plus chaque jour, les sombres forces du chaos s’éveillent d’un long sommeil… Bientôt, l’humanité devra s’unir si elle veut survivre à la plus grande des menaces.


Mon avis : 

J’ai acheté ce livre pour fêter ma réussite au concours de la fonction publique il y a 8 mois. Il est donc très spécial pour moi mais je dois avouer que j’ai été un peu déçue par rapport à ce qui m’avait été vanté. Ce roman a pleins de qualités mais il n’est pas la pépite ou le coup de coeur auquel je m’attendais.

L’histoire commence avec le réveil d’un ancien ennemi, le Sans-Nom, qui devrait être empêché si la reine Sabran met au monde une fille. Or, celle-ci n’a aucune intention de se marier et est plus préoccupée par la vie de sa cour. Pendant ce temps-là, Ead fait tout pour la protéger et obéit à une société secrète étrange… De l’autre côté de l’Océan, une jeune fille, Tané, rêve de devenir dragonnière et est prête à tout pour ça, même transgresser les lois… L’intrigue est très complexe et fournie, on sent un réel enjeu politique qu’on met du temps (un peu trop ?) à comprendre. Mais rien de très original pour de la fantasy : un grand méchant se réveille, il faut trouver ce qui permet de le détruire et le vaincre au cours d’une grande bataille finale. On sent très fortement l’influence de Tolkien ici avec les envoyés du méchant, le truc perdu qu’il faut retrouver pour vaincre le méchant, les tentatives d’alliance pour vaincre, …

Les personnages sont en revanche les points forts de l’histoire, je me suis attachée à chacun, homme ou femme, car ils sont loin des clichés habituels du genre. On a des femmes qui se battent et d’autres non, une femme qui règne et d’autres qui servent. Cependant leurs motivations étaient parfois floues, comme Tané. J’aurai aimé plus de développement dans les personnages, plus d’approfondissement dans leur psychologie,… J’ai également aimé que les amitiés hommes-femmes fortes et sans ambiguité soient possibles, car c’est encore trop rare en littérature. En revanche, même si Niclays est un personnage infect, c’est celui qui m’a le plus touché. Il se révèle plus qu’un vieil homme aigri, et il est difficile de ne pas être touchée par son histoire…

L’écriture belle et il est facile de rentrer dedans, mais il y a parfois des problèmes de rythme : on met les 2/3 du roman à comprendre l’intrigue, à avancer les pions doucement, pour que tout soit ensuite réglé en quelques pages. Ça m’a un peu fait pensé à la série TV Game of Thrones où les premières saisons sont très lentes et détaillées avant que le tout soit pressé et presque baclé (notamment la grande bataille finale). L’originalité tient à la complexité des intrigues politiques, à la mythologie mise en place dans cet univers, et à la place faite à la diversité au sein du roman. J’ai déjà parlé des intrigues politiques, mais la mythologie est également poussée, il est juste dommage qu’on ne la découvre réellement qu’à la fin et de manière assez rapide.

Ce roman m’a déçue car je pense que j’en attendais trop, mais on a ENFIN un roman de fantasy avec des personnes racisées, plusieurs types de sexualité et des femmes au pouvoir ! Enfin, j’avais un livre avec plusieurs héroïnes auxquelles m’identifier et pas juste une demoiselle en détresse ou une femme guerrière sexy… Il est donc bien évidemment à lire et à recommander autour de vous !