Contemporain·Romance

Les dédicaces, de Cyril Massarotto

TitreLes dédicaces

AuteurCyril Massarotto

EditionFlammarion

Pages263

Prix20€

RésuméDe Claire, on ne sait pas grand-chose, sinon qu’elle vit à Paris et collectionne les livres dédicacés. Son plus grand plaisir est d’écumer les librairies à la recherche de ces trésors qui font de chaque livre un objet unique et précieux, « parce que la dédicace ajoute une histoire à l’histoire ». Chez un bouquiniste, elle tombe sur un livre dont la dédicace lui laisse une désagréable impression de vulgarité. L’auteur, Frédéric Hermelage, laisse son numéro de téléphone à une certaine Salomé, assorti d’un compliment outrancier. Seulement, à la lecture, le roman est à l’opposé de la dédicace. Subtil, élégant. Comment expliquer un tel contraste? De librairies en Salons du livre, Claire va alors se lancer sur les traces de cet écrivain discret, jusqu’à franchir les règles de la fiction.


Mon avis : 

Un nouveau roman de Cyril Massarotto pour la Rentrée Littéraire ? Evidemment que j’allais le lire ! Mais je dois dire que j’ai été bien en peine pendant un moment, de dire si j’avais aimé ou pas…

Claire est une femme d’une quarantaine d’années, qui a pour passion de récolter et collectionner les romans dédicacés. Mais attention, avoir des romans dédicacés à son nom serait beaucoup trop simple et de bas étage, elle ne souhaite que des livres dédicacés pour d’autres personnes car pour elle la dédicace raconte une histoire. Elle va partir à la recherche de Frédéric Hermelage, un auteur dont la dédicace la choque et est à l’origine d’une fascination presque malsaine. De là débute une histoire où tout n’est pas exactement ce qu’il semble être…

Attention aux personnes susceptibles, ce livre est à prendre avec un fort esprit de second degré car toute la sphère littéraire, des auteurs aux éditeurs en passant par les lecteurs et les blogueurs, en prend pour son grade. Claire, l’héroïne est une femme que je qualifierai d’imbuvable, certaines de ses opinions, elle critique tout ce qu’elle trouve moins intelligent qu’elle. Les romans feel-good sont « des livres faciles », les personnes qui font la queue pour des dédicaces sont stupides, etc etc. Mais lorsqu’on remet le roman en perspective, à savoir qu’après tout, ce livre est lui-même un « livre facile », on voit bien que Cyril Massarotto a choisi le second degré comme maître-mot dans ce dernier roman.

Il a fait de Claire le stéréotype de la lectrice imbue d’elle-même, qui regarde tout et tout le monde de haut et a une idée bien précise de ce que devrait être la bonne littérature. Quant à Frédéric, il est presque pire car en plus il est Auteur avec un grand A. Ensemble, ils sont le parfait couple imbuvable qui classe la littérature est « valable » et « non-valable », qu’on a envie de tarter à chaque page mais qu’on aime suivre pour voir la prochaine phrase incongrue qu’ils vont sortir.

Cyril Massarotto nous fait une histoire « facile » de couple et une critique au second degré de l’univers du livre. Mais toujours avec sa petite touche, ce petit retournement de fin qui laisse les lecteurs sur les fesses et qui me fait frissonner de stupeur. Loin d’être mon préféré de l’auteur, c’est pourtant surement un de ses plus intelligents dans sa construction au second degré. Bravo monsieur !

Contemporain·Coup de coeur·Drame·Religion

Bénie soit Sixtine, de Maylis Adhémar

Titre : Bénie soit Sixtine

AuteurMaylis Adhémar

EditionJulliard

Pages304

Prix : 19€

RésuméSixtine, jeune femme très pieuse, rencontre Pierre-Louis, en qui elle voit un époux idéal, partageant les mêmes valeurs qu’elle. Très vite, ils se marient dans le rite catholique traditionnel et emménagent à Nantes. Mais leur nuit de noces s’est révélée un calvaire, et l’arrivée prochaine d’un héritier, qui devrait être une bénédiction, s’annonce pour elle comme un chemin de croix. Jusqu’à ce qu’un événement tragique la pousse à ouvrir les yeux et à entrevoir une autre vérité.


Mon avis : 

Alors qu’on parle régulièrement des dérives de la religion musulmane, j’ai trouvé intéressant d’avoir un roman sur les dérives des extrémistes catholiques. Car Sixtine fait partie d’un groupe appelé Les Frères de la Croix, des traditionnalistes jugés sectaires. Mais ayant toujours été élevée dans leurs croyances, Sixtine ne le voit pas, jusqu’à ce qu’elle devienne mère, et s’interroge sur les dérives de cette branche : le sexisme, l’éducation des enfants, l’embrigadement très jeune, … Autant de préceptes qu’elle refuse et dont elle veut désormais s’affranchir en s’enfuyant.

J’ai trouvé l’histoire très bien menée car on prend conscience de la force de persuasion de ces milieux, et de leur pouvoir sur celles et ceux qui tentent de s’en affranchir. Sixtine est une jeune femme extrêmement courageuse, qui doit réapprendre à vivre hors de la secte, comme si elle découvrait le monde pour la première fois. La suivre avant et tout au long de cette renaissance a été un plaisir. Pour protéger son fils, elle est prête à tout : se cacher, mentir, s’isoler… Elle apprend à être mère en même temps qu’être elle-même et ne lâche rien. Au long de son parcours, on voit les cas de conscience et les interrogation de notre héroïne : ce qu’elle fait est-il bien par rapport à la religion ? Car bien que souhaitant s’émanciper de la doctrine sectaire, Sixtine ne remet pas sa foi en cause et il est intéressant de voir l’adéquation des messages religieux avec le parcours d’une femme aujourd’hui.

Malgré son sujet difficile, le roman ne tombe jamais dans le sombre et la violence extrême. Le message est avant tout un message d’espoir et d’émancipation. A l’instar de Sixtine, si on commence le roman avec une impression de suffocation, on a peu à peu l’impression de respirer jusqu’à la fin qui est pareille à un grand souffle d’air. Je compte bien conseiller ce roman autant que possible tant il m’a marquée.

Contemporain·Coup de coeur

Mon père ma mère mes tremblements de terre, de Julien Dufresne-Lamy

TitreMon père, ma mère, mes tremblements de terre

AuteurJulien Dufresne-Lamy

EditionBelfond

Pages256

Prix17€

RésuméDans cette salle, Charlie, quinze ans, patiente avec sa mère. Bientôt, son père sortira du bloc. Elle s’appellera Alice. Durant ce temps suspendu, Charlie se souvient des deux dernières années d’une vie de famille terrassée. Deux années de métamorphose, d’émoi et de rejet, de grands doutes et de petites euphories. Deux années sismiques que Charlie cherche à comprendre à jamais. Tandis que les longues minutes s’écoulent, nerveuses, avant l’arrivée d’Alice, Charlie raconte la transition de son père. Sans rien cacher de ce parcours plus monumental qu’un voyage dans l’espace, depuis le jour de Pâques où son père s’est révélée. Où, pour Charlie, la terre s’est mise à trembler.


Mon avis : 

Encore un sujet sensible traité par la Rentrée Littéraire de cette année 2020 : la transidentité.

Ici, la transidentité est vue par l’enfant de la personne concernée. Charlie est au collège quand son père leur annonce, à sa mère et à lui, qu’il a toujours été une femme et qu’il souhaite transitionner. Pour la famille, c’est le début des tremblements de terre et d’un parcours du combattant. Un combat pour qu’Alice, le père, se fasse accepter ; pour que le couple survive ou non à cette transition ; et pour que Charlie comprenne et accepte ces changements. Alors que son père est opéré pour changer de sexe, Charlie repense à ces deux ans de parcours. Julien Dufresne-Lamy raconte avec beaucoup de sensibilité ce changement du point de vue du fils.

Charlie passe de la haine de son père à l’acceptation avant de retrouver le chemin de l’amour. Pour lui, voir ces bouleversements par le prisme de la science, sa passion, le rassure. Pour nous, c’est un biais de narration qui nous permet une vision aussi complète que possible de la transidentité : de la découverte à l’opération, en passant par les émotions, les changements physiques, mais aussi les différents prismes de la transidentité. La transition est montrée à travers le journal de bord que tient Charlie sur l’évolution et la naissance d’Alice, qui aboutit à cette opération.

Et à côté de Charlie et son père, il y a la mère. Parfois grande oubliée par les deux personnes qui partagent sa vie, elle subit également de plein fouet ces changements. Qu’est-elle à présent ? Lesbienne ? Toujours mère de famille ? Doit-elle rester ou partir loin de ce « taré » ? La transidentité, loin de ne toucher qu’une personne, affecte toutes les personnes proches de celui/celle qui souhaite transitionner. Cette mère est peut-être le personnage qui m’a le plus touchée car tout le monde semble ignorer les impacts sur celle qui fait tout pour soutenir tout le monde au point de s’oublier. 

Le livre semble d’une grande justesse (n’étant pas concernée, je ne préfère pas m’avancer plus), les bons comme les mauvais moments y sont évoqués : les difficultés de trouver un bon médecin, les problèmes financiers, la transphobie et l’homophobie, le harcèlement… mais aussi les petits bonheurs comme lorsqu’Alice arrive à être reconnue comme une femme même au téléphone. Même en étant informée sur le sujet, je n’imaginais pas toutes ces épreuves et ce roman est une fenêtre ouverte sur la différence et la transidentité.

Au-delà de nous proposer un livre sur la transition de genre, Julien Dufresne-Lamy nous propose un roman sur la famille. Sur l’amour qui peut lier les membres d’une famille, quels que soient les choix de chacun. Il nous montre qu’avec le respect et l’amour, il est possible d’avancer tous ensemble et c’est un formidable message d’espoir et de positivité.

Contemporain·Romance

Une rose seule, de Muriel Barbery

TitreUne rose seule

AuteurMuriel Barbery

EditionActes Sud

Pages157

Prix : 17.50€

RésuméRose arrive au Japon pour la première fois. Son père, qu’elle n’a jamais connu, est mort en laissant une lettre à son intention, et l’idée lui semble assez improbable pour qu’elle entreprenne, à l’appel d’un notaire, un si lointain voyage. Accueillie à Kyoto, elle est conduite dans la demeure de celui qui fut, lui dit-on, un marchand d’art contemporain. Et dans cette proximité soudaine avec un passé confisqué, la jeune femme ressent tout d’abord amertume et colère.
Mais Kyoto l’apprivoise et, chaque jour, guidée par Paul, l’assistant de son père, elle est invitée à découvrir une étrange cartographie, un itinéraire imaginé par le défunt, semé de temples et de jardins, d’émotions et de rencontres qui vont l’amener aux confins d’elle-même. Ce livre est celui de la métamorphose d’une femme placée au coeur du paysage des origines, dans un voyage qui l’emporte jusqu’à cet endroit unique où se produisent parfois les véritables histoires d’amour.


Mon avis : 

J’ai continué ma découverte de la rentrée littéraire 2020 avec la lecture du dernier roman de Muriel Barbery, qui nous avait proposé L’élégance du hérisson il y a quelques années.

Rose est une femme qui part à Kyoto, au Japon, pour entendre le testament d’un père qu’elle n’a jamais connu. Là-bas, elle suivra, accompagnée de Paul, un itinéraire presque spirituel choisi par son père au travers des différents temples de la ville. Elle apprendra à se connaître et se reconnaître avant de s’apaiser et faire son deuil. 

J’ai eu beaucoup de mal avec la première moitié de ce court roman. Si la plume est sublime et poétique, les descriptions de temples, avec des phrases presque trop longues, m’ont un peu perdue. Pour tout dire, j’ai même hésité à abandonner ma lecture. J’ai alors fait une pause pour lire les avis sur le textes et essayer de mettre des mots sur ce que je ressentais. Les avis dithyrambiques m’ont incitée à continuer et j’ai bien fait, car quelques pages après, l’histoire a semblé se révéler et j’ai beaucoup aimé la suite de ma lecture.

Je pense que ma difficulté a tenu à une narration qui reflétait parfaitement le sentiment intérieur de l’héroïne. Car Rose a une tendance forte à la dépression et à l’agressivité. Elle évolue elle-même dans un marasme constant, et les premières pages me faisaient l’effet d’un lac où j’avais beau nager en tous sens, je n’avançais pas. Au fur et à mesure que Rose se met à voir le monde différemment, j’ai moi-même vu le texte différemment et il a semblé s’ouvrir à moi.

Pour moi, ce roman a été une expérience très particulière. J’ai été subjuguée par la plume de l’autrice et la beauté des paysages évoqués, tout en étant bloquée par les émotions de Rose que Muriel Barbery arrivait à traduire avec ses descriptions. Ce titre gagne à être lu ne serait-ce que pour l’expérience qu’il représente et la poésie de l’écriture.

Contemporain·Coup de coeur·Drame

Chavirer, de Lola Lafon

TitreChavirer

AuteurLola Lafon

EditionActes Sud

Pages344

Prix20.50€

Résumé1984. Cléo, treize ans, qui vit entre ses parents une existence modeste en banlieue parisienne, se voit un jour proposer d’obtenir une bourse, délivrée par une mystérieuse Fondation, pour réaliser son rêve : devenir danseuse de modern jazz. Mais c’est un piège, sexuel, monnayable, qui se referme sur elle et dans lequel elle va entraîner d’autres collégiennes. 2019. Un fichier de photos est retrouvé sur le net, la police lance un appel à témoins à celles qui ont été victimes de la Fondation.
Devenue danseuse, notamment sur les plateaux de Drucker dans les années 1990, Cléo comprend qu’un passé qui ne passe pas est revenu la chercher, et qu’il est temps d’affronter son double fardeau de victime et de coupable. Chavirer suit les diverses étapes du destin de Cléo à travers le regard de ceux qui l’ont connue tandis que son personnage se diffracte et se recompose à l’envi, à l’image de nos identités mutantes et des mystères qui les gouvernent.


Mon avis : 

Surement un des romans qui a le plus fait parler de lui lors de cette rentrée littéraire 2020, en grande partie à cause de son sujet : les réseaux pédophiles. C’est un sujet qui fait un écho glaçant à l’affaire Epstein.

Cléo n’a que douze ans quand elle est abordée par une femme qui lui parle de la Fondation Galatée et l’entraine à devenir recruteuse à son tour. Mais à douze ans, Cléo ne sait pas la gravité de ce qu’elle fait ça la hantera tout au long de sa vie. Car sans le savoir, elle recrute parmi ses amies, des victimes pour un réseau pédophile.

Le texte est dur, certains passages sont immondes, le tout est porté par la culpabilité sans fin de Cléo. A travers elle mais aussi les personnes qui l’ont connue au cours de sa vie, on retrace son parcours jusqu’à l’absolution offerte par les témoignages lors de l’enquête sur la fondation. Ce roman est un coup de poing dans le ventre. On y découvre ou redécouvre la dureté du milieu de la danse, la passion dévorante qui anime les danseur.se.s qui sont prêt.e.s à tout pour réussir. L’autrice nous montre les biais de manipulation des réseaux pédophiles, la sélection des profils de victimes, la culpabilisation constante alliée à une valorisation des enfants. 

Cléo est un personnage particulier, qui nous touche tout en nous rebutant. Car elle est aussi bourreau que victime. Parfois égoïste, elle s’enferme dans un monde rongé par la culpabilité. Je n’arrive pas à mettre des mots assez forts sur ce qu’elle m’a fait ressentir tant ce livre m’a chamboulée.

Lola Lafon nous décrit tout cela avec une plume incisive et en même temps plein de pudeur pour les violences sexuelles dont sont victimes ces jeunes filles. La narration qui parait décousue dans les premières pages, révèle son sens sur les dernières phrases et achève un tableau à la fois triste et plein d’espoir de pardon pour chacune.

Contemporain·Drame

Le secret de Mona, de Patrick Bard

TitreLe secret de Mona

AuteurPatrick Bard

EditionSyros

Pages176

Prix15,95€

RésuméPendant des mois, Mona s’est efforcée d’être invisible aux yeux de tous, de s’effacer. Mais le jour où son petit frère a été pris d’une forte fièvre, elle a dû le conduire en urgence à l’hôpital. Sans cela, cette histoire aurait pu ne jamais commencer. Mona n’aurait pas grillé ce stop, les gendarmes ne l’auraient pas arrêtée. Quand ils ont découvert une fille un peu trop jeune au volant, ils ne savaient rien encore du secret de Mona.

 


Mon avis : 

Quand j’ai découvert Patrick Bard avec Et mes yeux se sont fermés, j’ai eu un coup de coeur pour sa plume et sa manière de traiter des sujets sensibles. J’ai retrouvé ça, sans le coup de coeur, avec Le secret de Mona.

La narration se fait avec plusieurs points de vue, à la manière d’un rapport d’enquête policière, on y suit Mona, les enquêteurs, les témoins, … Car quand Mona grille un stop en voiture, les policiers ont des soupçons : la jeune fille semble s’occuper seule de son petit frère, est mineure et roule sans permis. Où est donc passée la mère ? En formation au Mans comme l’indique Mona ? C’est la question qui reviendra tout au long du roman. Patrick Bard a un don pour mener une intrigue, entraîner le lecteur dans une direction avant de le surprendre par un revirement. Moi qui pensait avoir vu venir la chose, j’ai été agréablement surprise d’être mise face à mon erreur.

Avec ce roman pour adolescents, il raconte le rôle des aînés qui doivent faire office de parents trop tôt, l’absentéisme des vrais parents et le processus psychologique du déni. La narration sous forme d’enquête induit le lecteur en erreur et maintient un véritable suspense jusqu’à la fin. Il interroge aussi sur le système français de protection de l’enfant et la séparation des fratries lors des placements en famille d’accueil. Ce sont des sujets sur lesquels j’avais eu peu l’occasion de lire et que j’ai trouvé très intéressants.

Le personnage de Mona, avec son franc parler qui peut choquer parfois, est crédible jusqu’au bout des doigts : une adolescente mature avant l’heure, angoissée à l’idée de perdre son frère et sur le qui-vive constant. Quant aux policiers, ils ne sont ni bons ni mauvais : sévères quand ils doivent l’être, mais compréhensifs quand il le faut, on est loin d’une caricature de bon flic/mauvais flic et ça fait du bien.

Pourquoi n’est-ce pas un coup de coeur alors ? Parce que même si Mona est un personnage très crédible, j’ai eu beaucoup de mal avec son style d’expression, et ça m’a bloquée pour entrer dans l’histoire aussi facilement que je le souhaitais. Cependant, Le secret de Mona est un très bon roman ado, dur parfois, mais très intéressant.

Contemporain·Nouvelle·Polar·Thriller

Femmes sans merci, de Camilla Läckberg

TitreFemmes sans merci

Auteur : Camilla Läckberg

EditionActes Sud

Pages144

Prix : 14.90€

Résumé Prisonnières de leur mariage, trois femmes qui ne se connaissent pas échangent des confidences sur un forum internet. Ingrid, qui a sacrifié sa carrière de journaliste au profit de celle de son mari, découvre que ce dernier la trompe sans scrupules. Et n’aspire qu’à se venger. Birgitta se sait malade depuis plusieurs mois mais n’a cessé de repousser le moment de consulter un médecin. Les ecchymoses qui couvrent son corps pourraient trahir les violences qu’elle subit dans l’intimité ; or Birgitta a jusqu’ici préservé l’unité de son foyer. Victoria a quitté sa Russie natale pour venir s’installer en Suède avec un homme dont elle a fait la connaissance sur un site de rencontres. Mais il n’est en rien le mari qu’elle imaginait. Sa nouvelle vie a tourné au cauchemar. Humiliées, battues, blessées, elles échafaudent ensemble un plan. Et le mettent en œuvre. Un procédé imparable, sans mobiles apparents. Pour libérer chaque femme, il faut supprimer son bourreau. En réussissant des meurtres parfaits…


Mon avis : 

Je ne pensais pas lire un jour un roman de Camilla Läckberg : trop sombre, trop meurtrier, trop noir, … Mais la thématique forte de cette nouvelle m’a fait changer d’avis.

L’autrice aborde les violences conjugales, dans la lignée du mouvement #MeToo. Elle écrit une nouvelle polyphonique où les trois héroïnes vont être amenées, pour des raisons diverses, à tuer leur mari : victimes de violences elles-mêmes, bafouées, humiliées, … les raisons sont nombreuses. En les suivant, le.a lecteur.ice découvre leur quotidien, la manière dont cette violence peut être insidieuse et invisible en dehors du foyer conjugal.

A travers elles, on aborde les différents types de violence : psychologique avec la tromperie et la peur, physique avec les coups, et les deux avec la séquestration. Que ce soit Ingrid, Brigitta ou Victoria, chacune est poussée à bout et n’en vient au meurtre que parce qu’aucune autre solution ne semble possible.

Mais comment commettre le meurtre parfait ? Pour ma part j’avais deviné la fin, ayant déjà vu un film avec le même procédé, mais l’ingéniosité demeure et la précision avec laquelle les meurtres sont effectués est glaçante. L’autrice a un don pour raconter la mort de manière factuelle, froide et distanciée, sans pour autant déshumaniser les meurtrières. De même, alors que je suis une grande froussarde, je n’ai pas eu peur en lisant : j’étais juste en colère face à la vie qui les poussait à cette extrémité.

Je ne regrette pas d’avoir lu cette nouvelle, elle fait réfléchir et aborde un sujet important. Je pense que c’était une bonne manière d’entrer dans l’univers de Camilla Läckberg et je me laisserai peut-être tenter par un autre de ses titres dans le futur…

Contemporain

Et que ne durent que les moments doux, de Virginie Grimaldi

TitreEt que ne durent que les moments doux

AuteurVirginie Grimaldi

EditionFayard

Pages360

Prix18,50€

RésuméL’une vient de donner naissance à une petite fille arrivée trop tôt. Elle est minuscule, pourtant elle prend déjà tellement de place.
L’autre vient de voir ses grands enfants quitter le nid. Son fils laisse un vide immense, mais aussi son chien farfelu.
L’une doit apprendre à être mère à temps plein, l’autre doit apprendre à être mère à la retraite. 
C’est l’histoire universelle de ces moments qui font basculer la vie, de ces vagues d’émotions qui balaient tout sur leur passage, et de ces rencontres indélébiles qui changent un destin.


Mon avis : 

Je n’avais jamais lu de romans de cette autrice, mais c’est une incontournable en médiathèque. Avec cette nouveauté, mon impasse est réparée et j’ai eu l’occasion de découvrir une plume touchante.

Dans ce nouveau roman, Virginie Grimaldi parle de maternité : Lili devient mère d’une enfant prématurée et doit créer des liens, Elise est une mère qui doit apprendre à laisser ses enfants grandir et partir. Tout au long du livre, on les voit évoluer, grandir, s’approprier et comprendre cette nouvelle maternité. Car être mère, ce n’est pas inné, ça s’apprend et surtout ça se ressent. L’autrice évoque ici les moments joyeux comme tristes. Elle n’oublie pas la peur, la tristesse, la solitude, l’angoisse permanente pour ses enfants, … Le tout devient un roman doux-amer où, effectivement, on ne retient que les moments doux malgré un sujet qui peut s’avérer très sensible pour certaines personnes.

Lili est une jeune mère qui se rend coupable d’avoir accouché prématurément et doit gérer son propre ressenti mais également celui des autres. Dans cet univers particulier de la maternité, elle rencontre d’autres parents, aussi inquiets qu’elle car les grossesses ne se passent pas toujours aussi bien que dans les films. Avec l’accouchement il y a la peur, l’angoisse permanente pour l’enfant et la peur de mal faire. Et quand on fait bien, on finit par devenir mère à la retraite avec les années, comme Elise. Après avoir appris à vivre avec, elle doit apprendre à vivre sans et c’est avec beaucoup de sensibilité que Virginie Grimaldi aborde ces sujets, sans jugement ou a priori. 

Même si je me suis doutée du dénouement dès les premières pages, j’ai pris plaisir à découvrir les personnages et les différentes visions de la maternité, mais aussi de la parentalité à deux. Car Lili et Elise ne sont jamais seules : l’une en couple et l’autre divorcée ont bel et bien le soutien d’un deuxième parent. Où se trouve alors la place de cet.te autre par rapport à celle qui a porté l’enfant ?

J’ai découvert avec ce livre, une autrice avec une plume belle et touchante, que j’aurai plaisir à découvrir dans ses autres romans.

Biographie·Contemporain·Coup de coeur·Drame

Moi j’embrasse, de Clément G.

TitreMoi, j’embrasse

AuteurClément Grobotek

EditionPlon

Pages188

Prix16€

RésuméLoin des clichés, un escort-boy se livre à coeur et à visage découverts A son réveil, sur un lit d’hôpital, la sentence tombe : overdose. La drogue, il le sait, fait partie des risques du métier. Clément est escort. Il vend son temps, sa compagnie, son corps. Ses clients : des hommes aisés, cultivés, qu’il rejoint dans les clubs select ou les appartements cossus de la capitale. Nombreux sont les jeunes de son âge qui se décident à emprunter cette voie. L’escorting est pour eux un moyen de gagner de l’argent rapidement, tout en poursuivant leurs études. Ce qu’ils ignorent, c’est que le sexe n’est qu’un des ingrédients de la fête. La drogue, omniprésente, doit être consommée. Pour beaucoup, il devient rapidement impossible de s’en passer. Clément s’est trouvé aux premières loges d’un phénomène de société qui se déroule à l’abri des regards. Il livre un témoignage inédit sur la prostitution de luxe.
Une activité à laquelle rien ne prédestinait cet ancien militaire aujourd’hui reconverti dans le mannequinat.


Mon avis :

Ça fait plusieurs mois que je suis Clément sur Twitter, à la fois pour ses tatouages, son humour et ses prises de position militantes. Quand j’ai vu qu’il avait sorti un livre, je l’ai immédiatement acheté en ebook et lu le soir même.

Il y révèle son passé d’escort à Paris. Car avant d’être mannequin et tatoueur, il a été militaire puis mannequin et escort pour gagner sa vie. Il témoigne dans ce livre de ce milieu particulier où l’argent rentre facilement, le luxe est monnaie courante et cache la réalité sous des dehors glamours. Cette réalité, c’est celle de la prostitution de luxe, pour hommes. En témoignant de ce milieu, Clément témoigne aussi d’une fuite en avant dans sa vie : il ne sait plus ce qu’il veut faire et l’escorting semble plus facile pour vivre et se faire aimer. Mais tout n’est qu’apparences et quand la « vraie vie » le rattrape, elle frappe dur avec des overdoses et une lassitude intense.

Le sous-titre du livre se veut provocateur mais le livre ne dévoile rien qu’on n’imagine déjà sur ce milieu particulier. On voit surtout l’évolution d’un jeune homme homosexuel qui se cherche, comme beaucoup avant lui. Il met en avant l’homophobie de l’armée, la drogue et l’alcool qui coulent à flots dans les milieux parisiens aisés, la précarité des jeunes mannequins, … L’escorting n’est qu’un épisode parmi d’autres de sa vie qu’il raconte au fur et à mesure des chapitres.

Ce roman court est d’une puissance incroyable, il m’était impossible de le lâcher, captivée par la plume de Clément. L’ordre des chapitres m’a parfois perturbée, me donnant une impression de narration décousue, mais le tout s’imbrique finalement parfaitement.

Contemporain

La théorie des poignées de main, de Fabienne Betting

TitreLa théorie des poignées des main

AuteurFabienne Betting

EditionLes Escales

Pages185

Prix18.90€

RésuméQui n’a pas eu vent de la théorie des poignées de mains ou des degrés de séparation ? Selon cette idée, il ne nous suffit que de quelques connaissances pour relier n’importe qui dans le monde. Un jeune doctorant, Antoine Cavallero, s’est mis au défi de nous le démontrer. Un véritable tour du monde l’attend. Et qui ne sera pas de tout repos ! Antoine Cavallero, jeune étudiant en statistiques, a choisi pour son doctorat un sujet peu conventionnel : la Théorie des poignées de main, ou l’idée selon laquelle nous connaissons tous quelqu’un qui connaît quelqu’un qui connaît quelqu’un…pouvant nous relier à n’importe quel individu sur notre planète via six degrés de séparation. Mais ce séduisant postulat est-il exact ? C’est ce qu’Antoine s’est mis en tête de prouver. Alors qu’il présente ses recherches à l’occasion d’un colloque, un grand professeur, irrité par son arrogance, le met au défi de mettre sa théorie en pratique. Antoine devra retrouver un individu choisi au hasard et démontrer que seules cinq personnes les séparent. Piqué au vif, l’étudiant accepte et se lance à corps perdu dans un tour du monde fou et trépidant qui le mènera de Corfou à Bari en passant par Hô Chi Minh-Ville, Atlanta et Genève.


Mon avis :

La théorie des poignées de main est une idée fascinante : chacun d’entre nous pourrait être relié à n’importe quel individu de la planète par le biais de six personnes maximum. Avec ce roman, l’autrice nous le montre et c’est sans prétention qu’elle nous fait passer un très bon moment !

Antoine Cavallero, jeune thésard, est mis au défi de retrouver une personne désignée dans le monde à partir de son nom, sa date et son lieu de naissance, puis de reconstituer la chaîne d’individus qui pourrait les relier. Rien de bien sorcier n’est-ce pas ? Et pourtant ce défi va l’emmener voyager d’est en ouest, et nous avec ! L’histoire est sympathique et sans prise de tête. Au détour de quelques explications scientifiques sur la théorie et sur la science des réseaux, on s’instruit sans en avoir l’impression. La fin est prévisible mais n’est pas décevante pour autant car on a passé un bon moment avant d’en arriver là.

La force de ce petit livre réside plutôt dans ses descriptions de lieux : on découvre d’autres modes de vie, d’autres mentalités, … au Vietnam ou aux Etats-Unis, comme un petit carnet de voyage. Et avec ces lieux, c’est toute une galerie de personnages qui nous sont donnés à voir : Claire l’expatriée au Vietnam, les religieuses qui s’occupent de l’orphelinat et ont connu la guerre, la directrice d’école américaine ou l’amie d’enfance, … Aucun n’est cliché et ça fait du bien. Antoine et Pauline en revanche, ont de quoi laisser de marbre car ils ne semblent pas assez développés par rapport aux autres personnages qui sont hauts en couleur.

Certes, on pourrait reprocher à ce roman d’être simpliste et de manquer de développement. Mais en le terminant, on se rend compte qu’on a passé un petit moment de détente, sans prise de tête, et c’est ce qu’on cherche en été donc pourquoi chercher la petite bête ? Un roman court, sans prise de tête et qui fait voyager : parfait pour l’été !