Fantasy·Drame·Coup de coeur·Réécriture

Wicked, de Gregory Maguire

TitreWicked : la véritable histoire de la Méchante Sorcière de l’Ouest

AuteurGregory Maguire

EditionBragelonne

Pages496

Prix20€

RésuméDans Le Magicien d’Oz, Dorothée triomphe de la Méchante Sorcière de l’Ouest. Mais nous n’avions que cette version de l’histoire…Qui est vraiment cette mystérieuse sorcière ? Est-elle donc si méchante ? Comment a-t-elle hérité de cette terrible réputation ? Et si c’était elle, la véritable héroïne du monde d’Oz ? Ouvrez ce livre et vous découvrirez enfin la merveilleuse et terrible vérité. Quels que soient vos souvenirs de ce chef-d’œuvre qu’est Le Magicien d’Oz, vous serez passionné et touché par le destin incroyable de cette femme au courage exceptionnel. Entrez dans un monde fantastique si riche et si vivant que vous ne verrez plus jamais les contes de la même manière…


Mon avis : 

J’ai toujours adoré le film du Magicien d’Oz et toujours rêvé de voir la comédie musicale Wicked. Quand j’ai appris que ce roman était une réécriture du classique de L. Frank Baum et à l’origine du succès de Broadway, il était impossible que je passe à côté !

Wicked raconte l’histoire de la Méchante Sorcière de l’Ouest, Elphaba, de sa naissance à sa mort, tuée par la petite Dorothée Gale. On découvre alors le monde d’Oz d’une toute autre manière, loin de la vision étriquée et biaisée de Dorothée, et c’est un monde profondément politique où la magie a finalement peu de poids face à la science. Elphaba, loin d’avoir toujours été une méchante sorcière, est une femme intelligente et révoltée par le devenir de son pays dirigé par l’usurpateur qu’est le magicien. Parmi les thématiques abordées, on y retrouve des problèmes liés à la religion, à la place des femmes dans la société, et au racisme : après tout, pourquoi les mondes imaginaires devraient-ils échapper aux problèmes de nos sociétés actuelles ? Gregory Maguire a pour moi écrit un chef d’oeuvre car tout est crédible et une fois le livre refermé, il est impossible de ne pas penser que ce roman est la réelle histoire du monde d’Oz.

Pour autant, n’allez pas croire qu’Elphaba est glorifiée et exempte de défauts, ou encore que tout ses méfaits ont été inventés. Elphaba est une femme dure, avec un caractère bien trempée et une certaine idée de la justice, qui peut friser la violence. En ayant à coeur le bien commun, elle est prête à tout, même à blesser les autres et elle-même. C’est le portrait d’une révolutionnaire, d’une savante et d’une femme que fait l’auteur : avec tous ses bons et ses mauvais côtés, ses désirs et ses peurs. Le tout est criant de vérité.

Aux côtés d’Elphaba, on retrouve bien évidemment Glinda la bonne fée, Nessarose la Méchante Sorcière de l’Est et l’odieux Magicien d’Oz. Les rapports sont inversés et c’est captivant de découvrir la face cachée de ceux que l’on pense connaître depuis l’enfance. Glinda se révèle naïve et obsédée par la beauté et elle-même ; on découvre Nessarose (qui est à peine évoquée dans le film et le livre original) et surtout, on découvre que le magicien d’Oz est un usurpateur plus grand que ce que l’on pensait. Un homme qui a prit le pouvoir de force pour instaurer son culte de la personnalité et mettre les royaumes à ses pieds.

J’ai absolument tout aimé dans ce roman, c’est une révélation aussi bien qu’un coup de coeur. Si vous avez aimé Le Magicien d’Oz, lisez-le, ça vous ouvrira une nouvelle dimension de cette oeuvre !

Attention tout de même, contrairement au conte original, nous sommes bel et bien dans un livre pour adultes ici, où la violence et la sexualité ne sont pas édulcorés. Ce roman, bien que je le conseille à tous et à toutes, n’est pas à mettre dans les mains d’enfants.

Contemporain·Coup de coeur·Drame·Religion

Bénie soit Sixtine, de Maylis Adhémar

Titre : Bénie soit Sixtine

AuteurMaylis Adhémar

EditionJulliard

Pages304

Prix : 19€

RésuméSixtine, jeune femme très pieuse, rencontre Pierre-Louis, en qui elle voit un époux idéal, partageant les mêmes valeurs qu’elle. Très vite, ils se marient dans le rite catholique traditionnel et emménagent à Nantes. Mais leur nuit de noces s’est révélée un calvaire, et l’arrivée prochaine d’un héritier, qui devrait être une bénédiction, s’annonce pour elle comme un chemin de croix. Jusqu’à ce qu’un événement tragique la pousse à ouvrir les yeux et à entrevoir une autre vérité.


Mon avis : 

Alors qu’on parle régulièrement des dérives de la religion musulmane, j’ai trouvé intéressant d’avoir un roman sur les dérives des extrémistes catholiques. Car Sixtine fait partie d’un groupe appelé Les Frères de la Croix, des traditionnalistes jugés sectaires. Mais ayant toujours été élevée dans leurs croyances, Sixtine ne le voit pas, jusqu’à ce qu’elle devienne mère, et s’interroge sur les dérives de cette branche : le sexisme, l’éducation des enfants, l’embrigadement très jeune, … Autant de préceptes qu’elle refuse et dont elle veut désormais s’affranchir en s’enfuyant.

J’ai trouvé l’histoire très bien menée car on prend conscience de la force de persuasion de ces milieux, et de leur pouvoir sur celles et ceux qui tentent de s’en affranchir. Sixtine est une jeune femme extrêmement courageuse, qui doit réapprendre à vivre hors de la secte, comme si elle découvrait le monde pour la première fois. La suivre avant et tout au long de cette renaissance a été un plaisir. Pour protéger son fils, elle est prête à tout : se cacher, mentir, s’isoler… Elle apprend à être mère en même temps qu’être elle-même et ne lâche rien. Au long de son parcours, on voit les cas de conscience et les interrogation de notre héroïne : ce qu’elle fait est-il bien par rapport à la religion ? Car bien que souhaitant s’émanciper de la doctrine sectaire, Sixtine ne remet pas sa foi en cause et il est intéressant de voir l’adéquation des messages religieux avec le parcours d’une femme aujourd’hui.

Malgré son sujet difficile, le roman ne tombe jamais dans le sombre et la violence extrême. Le message est avant tout un message d’espoir et d’émancipation. A l’instar de Sixtine, si on commence le roman avec une impression de suffocation, on a peu à peu l’impression de respirer jusqu’à la fin qui est pareille à un grand souffle d’air. Je compte bien conseiller ce roman autant que possible tant il m’a marquée.

Contemporain·Coup de coeur

Mon père ma mère mes tremblements de terre, de Julien Dufresne-Lamy

TitreMon père, ma mère, mes tremblements de terre

AuteurJulien Dufresne-Lamy

EditionBelfond

Pages256

Prix17€

RésuméDans cette salle, Charlie, quinze ans, patiente avec sa mère. Bientôt, son père sortira du bloc. Elle s’appellera Alice. Durant ce temps suspendu, Charlie se souvient des deux dernières années d’une vie de famille terrassée. Deux années de métamorphose, d’émoi et de rejet, de grands doutes et de petites euphories. Deux années sismiques que Charlie cherche à comprendre à jamais. Tandis que les longues minutes s’écoulent, nerveuses, avant l’arrivée d’Alice, Charlie raconte la transition de son père. Sans rien cacher de ce parcours plus monumental qu’un voyage dans l’espace, depuis le jour de Pâques où son père s’est révélée. Où, pour Charlie, la terre s’est mise à trembler.


Mon avis : 

Encore un sujet sensible traité par la Rentrée Littéraire de cette année 2020 : la transidentité.

Ici, la transidentité est vue par l’enfant de la personne concernée. Charlie est au collège quand son père leur annonce, à sa mère et à lui, qu’il a toujours été une femme et qu’il souhaite transitionner. Pour la famille, c’est le début des tremblements de terre et d’un parcours du combattant. Un combat pour qu’Alice, le père, se fasse accepter ; pour que le couple survive ou non à cette transition ; et pour que Charlie comprenne et accepte ces changements. Alors que son père est opéré pour changer de sexe, Charlie repense à ces deux ans de parcours. Julien Dufresne-Lamy raconte avec beaucoup de sensibilité ce changement du point de vue du fils.

Charlie passe de la haine de son père à l’acceptation avant de retrouver le chemin de l’amour. Pour lui, voir ces bouleversements par le prisme de la science, sa passion, le rassure. Pour nous, c’est un biais de narration qui nous permet une vision aussi complète que possible de la transidentité : de la découverte à l’opération, en passant par les émotions, les changements physiques, mais aussi les différents prismes de la transidentité. La transition est montrée à travers le journal de bord que tient Charlie sur l’évolution et la naissance d’Alice, qui aboutit à cette opération.

Et à côté de Charlie et son père, il y a la mère. Parfois grande oubliée par les deux personnes qui partagent sa vie, elle subit également de plein fouet ces changements. Qu’est-elle à présent ? Lesbienne ? Toujours mère de famille ? Doit-elle rester ou partir loin de ce « taré » ? La transidentité, loin de ne toucher qu’une personne, affecte toutes les personnes proches de celui/celle qui souhaite transitionner. Cette mère est peut-être le personnage qui m’a le plus touchée car tout le monde semble ignorer les impacts sur celle qui fait tout pour soutenir tout le monde au point de s’oublier. 

Le livre semble d’une grande justesse (n’étant pas concernée, je ne préfère pas m’avancer plus), les bons comme les mauvais moments y sont évoqués : les difficultés de trouver un bon médecin, les problèmes financiers, la transphobie et l’homophobie, le harcèlement… mais aussi les petits bonheurs comme lorsqu’Alice arrive à être reconnue comme une femme même au téléphone. Même en étant informée sur le sujet, je n’imaginais pas toutes ces épreuves et ce roman est une fenêtre ouverte sur la différence et la transidentité.

Au-delà de nous proposer un livre sur la transition de genre, Julien Dufresne-Lamy nous propose un roman sur la famille. Sur l’amour qui peut lier les membres d’une famille, quels que soient les choix de chacun. Il nous montre qu’avec le respect et l’amour, il est possible d’avancer tous ensemble et c’est un formidable message d’espoir et de positivité.

Contemporain·Coup de coeur·Drame

Chavirer, de Lola Lafon

TitreChavirer

AuteurLola Lafon

EditionActes Sud

Pages344

Prix20.50€

Résumé1984. Cléo, treize ans, qui vit entre ses parents une existence modeste en banlieue parisienne, se voit un jour proposer d’obtenir une bourse, délivrée par une mystérieuse Fondation, pour réaliser son rêve : devenir danseuse de modern jazz. Mais c’est un piège, sexuel, monnayable, qui se referme sur elle et dans lequel elle va entraîner d’autres collégiennes. 2019. Un fichier de photos est retrouvé sur le net, la police lance un appel à témoins à celles qui ont été victimes de la Fondation.
Devenue danseuse, notamment sur les plateaux de Drucker dans les années 1990, Cléo comprend qu’un passé qui ne passe pas est revenu la chercher, et qu’il est temps d’affronter son double fardeau de victime et de coupable. Chavirer suit les diverses étapes du destin de Cléo à travers le regard de ceux qui l’ont connue tandis que son personnage se diffracte et se recompose à l’envi, à l’image de nos identités mutantes et des mystères qui les gouvernent.


Mon avis : 

Surement un des romans qui a le plus fait parler de lui lors de cette rentrée littéraire 2020, en grande partie à cause de son sujet : les réseaux pédophiles. C’est un sujet qui fait un écho glaçant à l’affaire Epstein.

Cléo n’a que douze ans quand elle est abordée par une femme qui lui parle de la Fondation Galatée et l’entraine à devenir recruteuse à son tour. Mais à douze ans, Cléo ne sait pas la gravité de ce qu’elle fait ça la hantera tout au long de sa vie. Car sans le savoir, elle recrute parmi ses amies, des victimes pour un réseau pédophile.

Le texte est dur, certains passages sont immondes, le tout est porté par la culpabilité sans fin de Cléo. A travers elle mais aussi les personnes qui l’ont connue au cours de sa vie, on retrace son parcours jusqu’à l’absolution offerte par les témoignages lors de l’enquête sur la fondation. Ce roman est un coup de poing dans le ventre. On y découvre ou redécouvre la dureté du milieu de la danse, la passion dévorante qui anime les danseur.se.s qui sont prêt.e.s à tout pour réussir. L’autrice nous montre les biais de manipulation des réseaux pédophiles, la sélection des profils de victimes, la culpabilisation constante alliée à une valorisation des enfants. 

Cléo est un personnage particulier, qui nous touche tout en nous rebutant. Car elle est aussi bourreau que victime. Parfois égoïste, elle s’enferme dans un monde rongé par la culpabilité. Je n’arrive pas à mettre des mots assez forts sur ce qu’elle m’a fait ressentir tant ce livre m’a chamboulée.

Lola Lafon nous décrit tout cela avec une plume incisive et en même temps plein de pudeur pour les violences sexuelles dont sont victimes ces jeunes filles. La narration qui parait décousue dans les premières pages, révèle son sens sur les dernières phrases et achève un tableau à la fois triste et plein d’espoir de pardon pour chacune.

BD·Coup de coeur·Documentaire·Drame·Historique

La Bombe, de Alcante & L.F. Bollée & Denis Rodier

TitreLa Bombe

AuteursAlcante, L. F. Bollée et Denis Rodier

EditionGlénat

Pages472

Prix39€

RésuméLe 6 août 1945, une bombe atomique ravage Hiroshima. Des dizaines de milliers de personnes sont instantanément pulvérisées. Et le monde entier découvre, horrifié, l’existence de la bombe atomique, première arme de destruction massive. Mais dans quel contexte, comment et par qui cet instrument de mort a-t-il pu être développé ? Véritable saga de 450 pages, ce roman graphique raconte les coulisses et les personnages-clés de cet événement historique qui, en 2020, commémore son 75e anniversaire. Des mines d’uranium du Katanga jusqu’au Japon, en passant par l’Allemagne, la Norvège, l’URSS et le Nouveau-Mexique, c’est une succession de faits incroyables mais vrais qui se sont ainsi déroulés. Tous ceux-ci sont ici racontés à hauteur d’hommes : qu’ils soient décideurs politiques (Roosevelt, Truman), scientifiques passés à la postérité (Einstein, Oppenheimer, Fermi…) ou acteurs majeurs demeurés méconnus, tels Leó Szilàrd (le personnage principal de cet album, un scientifique qui remua ciel et terre pour que les USA développent la bombe, puis fit l’impossible pour qu’ils ne l’utilisent jamais), Ebb Cade (un ouvrier afro-américain auquel on injecta à son insu du plutonium pour en étudier l’effet sur la santé) ou Leslie Groves (le général qui dirigea d’une main de fer le Projet Manhattan) – sans oublier, bien sûr, les habitants et la ville d’Hiroshima, reconstituée dans La Bombe de manière authentique.


Mon avis : 

La Bombe est une BD documentaire d’une profondeur et d’une précision incroyables. Son épaisseur et son poids le prouvent, mais même si ça peut faire peur, l’ouvrage mérite d’être lu !

L’histoire de la bombe atomique, des prémices de sa création jusqu’à son utilisation est racontée dans le moindre détail. Les auteurs alternent le point de vue de la bombe qui apparaît tel un prédateur ; et un point de vue narratif plus neutre pour raconter l’histoire. Même si j’ai pu avoir quelques difficultés au début de ma lecture avec la profusion d’informations scientifiques et de personnages, j’ai été captivée à partir d’un tiers de l’ouvrage.

Les auteurs y abordent les aspects aussi bien scientifiques que politiques dans le détail. On y découvre comment la bombe a été fabriquée et pourquoi. Comment elle est passée d’un objectif dissuasif face à l’Allemagne nazie, à une arme contre les Japonais ; la manière dont l’armée a récupéré le projet et le secret qui l’entourait, … Mais outre la bombe en tant que telle, cette bande-dessinée va plus loin en racontant également les essais de plutonium que les Américains ont mené sur des personnes non consentantes pour en tester les effets. Chaque page est l’occasion de découvrir de nouveaux éléments sur un sujet qu’on résume bien trop vite à Hiroshima et Nagasaki alors qu’il est si vaste.

J’ai été de découvertes en découvertes, aussi macabres soient-elles, avec des planches en noir et blanc qui accentuent le sérieux du sujet. La narration fait de la bombe une marionnettiste qui se joue des humains et c’en est glaçant, surtout lorsqu’on lit les dernières lignes sur la puissance nucléaire aujourd’hui…

Cette bande-dessinée est un coup de poing, véritable documentaire accessible à tou.te.s il est à mettre dans toutes les bibliothèques !

Biographie·Contemporain·Coup de coeur·Drame

Moi j’embrasse, de Clément G.

TitreMoi, j’embrasse

AuteurClément Grobotek

EditionPlon

Pages188

Prix16€

RésuméLoin des clichés, un escort-boy se livre à coeur et à visage découverts A son réveil, sur un lit d’hôpital, la sentence tombe : overdose. La drogue, il le sait, fait partie des risques du métier. Clément est escort. Il vend son temps, sa compagnie, son corps. Ses clients : des hommes aisés, cultivés, qu’il rejoint dans les clubs select ou les appartements cossus de la capitale. Nombreux sont les jeunes de son âge qui se décident à emprunter cette voie. L’escorting est pour eux un moyen de gagner de l’argent rapidement, tout en poursuivant leurs études. Ce qu’ils ignorent, c’est que le sexe n’est qu’un des ingrédients de la fête. La drogue, omniprésente, doit être consommée. Pour beaucoup, il devient rapidement impossible de s’en passer. Clément s’est trouvé aux premières loges d’un phénomène de société qui se déroule à l’abri des regards. Il livre un témoignage inédit sur la prostitution de luxe.
Une activité à laquelle rien ne prédestinait cet ancien militaire aujourd’hui reconverti dans le mannequinat.


Mon avis :

Ça fait plusieurs mois que je suis Clément sur Twitter, à la fois pour ses tatouages, son humour et ses prises de position militantes. Quand j’ai vu qu’il avait sorti un livre, je l’ai immédiatement acheté en ebook et lu le soir même.

Il y révèle son passé d’escort à Paris. Car avant d’être mannequin et tatoueur, il a été militaire puis mannequin et escort pour gagner sa vie. Il témoigne dans ce livre de ce milieu particulier où l’argent rentre facilement, le luxe est monnaie courante et cache la réalité sous des dehors glamours. Cette réalité, c’est celle de la prostitution de luxe, pour hommes. En témoignant de ce milieu, Clément témoigne aussi d’une fuite en avant dans sa vie : il ne sait plus ce qu’il veut faire et l’escorting semble plus facile pour vivre et se faire aimer. Mais tout n’est qu’apparences et quand la « vraie vie » le rattrape, elle frappe dur avec des overdoses et une lassitude intense.

Le sous-titre du livre se veut provocateur mais le livre ne dévoile rien qu’on n’imagine déjà sur ce milieu particulier. On voit surtout l’évolution d’un jeune homme homosexuel qui se cherche, comme beaucoup avant lui. Il met en avant l’homophobie de l’armée, la drogue et l’alcool qui coulent à flots dans les milieux parisiens aisés, la précarité des jeunes mannequins, … L’escorting n’est qu’un épisode parmi d’autres de sa vie qu’il raconte au fur et à mesure des chapitres.

Ce roman court est d’une puissance incroyable, il m’était impossible de le lâcher, captivée par la plume de Clément. L’ordre des chapitres m’a parfois perturbée, me donnant une impression de narration décousue, mais le tout s’imbrique finalement parfaitement.

Contemporain·Coup de coeur·Lib-Lit·Romance

Triangle amoureux (ou pas), de Marisa Kanter

TitreTriangle amoureux (ou pas)

AuteurMarisa Kanter

EditionLumen

Pages433

Prix15€

RésuméHallie et son meilleur ami sur Internet, Nash, peuvent parler de tout… sauf de qui elle est vraiment – un secret qu’elle garde jalousement pour une raison mystérieuse. Sur les réseaux sociaux, elle incarne Kels, l’énigmatique créatrice d’un bookstagram à qui ses coups de cœurs littéraires inspirent des recettes inédites de cupcakes. Kels a tout ce dont manque Hallie : des amis par dizaines, une assurance inébranlable… et Nash. Mais ça, c’était avant. Au détour d’un énième déménagement, Hallie tombe par hasard sur Nash, le vrai, en chair et en os. Bonne nouvelle ? Pas vraiment… Car quand vient l’instant de se présenter, dos au mur, elle choisit de mentir. Furieuse de devoir entretenir cette mascarade dans les couloirs de l’unique lycée de leur petite ville, elle commence par battre froid le garçon à qui elle révèle pourtant presque tout d’elle chaque soir sur les réseaux sociaux. Si elle franchit le pas et avoue qui elle est, c’en est fini de leur amitié et de sa notoriété sur Internet…


Mon avis : 

A la base, j’ai demandé ce roman sur Netgalley pour le lire dans le cadre du travail, j’étais en recherche de romances adolescentes à proposer à la médiathèque. Mais finalement j’ai été tellement prise par le roman, que je me suis retrouvée à le lire partout et tout le temps !

Loin d’être une simple romance adolescente, ce livre est une déclaration d’amour à l’amour des livres et aux blogueur.euses. Hallie est une jeune blogueuse qui allie littérature et cupcakes par le biais de son avatar, Kels. Quand sa vie virtuelle et sa vie réelle entrent en collision, elle se retrouve à faire partie des dommages collatéraux car Nash, son meilleur ami virtuel, ne jure que par Kels et non par Hallie, celle qu’elle est vraiment. S’ensuit une série de quiproquos, d’occasions manquées et de scènes mignonnes saupoudrées de glaçage qui mèneront au dénouement : Nash acceptera-t-il que Hallie et Kels soient la même personne ? 

Difficile de ne pas fondre devant cette petite romance. Nash et Hallie/Kels forment un duo attendrissant dans leur découverte des sentiments amoureux, et drôle dans leur personnalité. Ils ont une relation complice et ça se ressent à chaque page. A aucun moment je n’ai été ennuyée par les états d’âme d’Hallie alors que ça peut souvent devenir un problème quand on lit ce genre de littérature en étant plus âgé.e que les personnages. J’ai fondu de A à Z pour leur histoire, et j’ai bêtement souri à chaque moment heureux du roman.

Son petit plus est également la passion d’Hallie pour les livres. Comment ne pas me reconnaître en elle ? Mais si le point fort de ce roman est la passion de l’héroïne pour les livres et le blogging, cela pourrait également être son point faible. Car je pense que si j’ai autant aimé le roman, c’est parce que je me sentais concernée par la passion dévorante de Hallie, et ce n’est pas le cas pour tout le monde. Or, quand une passion prend autant de place dans une histoire et qu’on ne la comprend pas forcément, ça peut rebuter.

Heureusement, je fais partie de cell.eux qui ont la même passion et ce roman a été un vrai coup de coeur, presque à la hauteur des Sarah Dessen (ma référence en romance adolescente) !

Contemporain·Coup de coeur·Romance

The rest of the story, de Sarah Dessen

TitreThe rest of the story

AuteurSarah Dessen

EditionLumen

Pages566

Prix15€

Résumé :C’est avec un petit pincement au coeur qu’Emma Saylor, dix sept ans, regarde son père danser sur la piste : bien sûr, il épouse une femme adorable – bien sûr, il a droit au bonheur après avoir vu mourir d’une overdose celle qu’il aimait. Seulement, une question continue de hanter la jeune fille. Qu’est-Il vraiment arrive à sa mère ? Elle n’en sait presque rien. Alors, pour pouvoir aller de l’avant, elle aussi, elle aimerait bien connaître le fin mot de l’histoire. Or elle n’à plus revu sa grand mère maternelle ou ses cousins depuis qu’elle était toute petite… Mais le destin va lui donner un petit coup de pouce : pendant la lune de miel de son père, elle découvre qu’elle doit passer plusieurs semaines au bord du lac ou vit cette énigmatique famille. Car si, pour son père, elle est Emma, aux yeux de sa mère, de ses cousins et de ses amis d’autrefois, elle était quelqu’un d’autre : le temps d’un été dont elle n’à aucun souvenir – un été magique – elle a été la petite Saylor. Et c’est ce passe enfoui qui va ressurgir comme un trésor : au début, c’est un parquet dont elle deviné qu’il va grincer sous ses pas, c’est une odeur oubliée et pourtant familière… Elle retrouve sa cousine, qui joue avec le feu comme la mère d’Emma avant elle, et Roo, le garçon dont elle était inséparable enfant. Tel un détective, elle va remonter le temps, pour découvrir non seulement qui elle est, mais aussi qui était vraiment sa mère. Elle découvre qu’au coeur du mystère, il y a un étrange accident de bateau à moteur…


Mon avis : 

The rest of the story aura été mon dixième roman de Sarah Dessen, et après dix lectures, je peux enfin dire que j’ai eu un coup de coeur semblable à Ecoute-là, le premier roman que j’avais lu de l’autrice ❤

Ici, elle raconte l’histoire d’Emma Saylor qui va vivre chez la famille de sa mère pendant un été. Elle en apprendra plus sur cette famille qu’elle ne connait pas, tombera amoureuse (évidemment), et fera la paix avec elle-même et ses angoisses. Avec elle, on passe un été merveilleux par anticipation, on retrouve les soirées entre amis au bord de l’eau et l’insouciance de ces moments. J’ai tout simplement adoré cette ambiance et je ne voulais plus lâcher le livre. Pour autant, on n’est pas dans une romance naïve, ça reste un roman pour ados avec une certaine réflexion sur le deuil, la famille, le déni et les secrets. Des thèmes chers à Sarah Dessen puisque ce n’est pas la première fois qu’elle les développe.

Emma Saylor est un personnage complexe : elle est Emma avec son père, adolescente angoissée mais avec la tête sur les épaules; mais avec la famille de sa mère, elle se redécouvre Saylor, une jeune fille bien dans sa peau, qui fait ce qu’elle veut et pas ce qu’on lui dit de faire. Il est facile de s’attacher à elle et à sa famille haute en couleurs. Malgré les interrogations et les difficultés, elle veut se découvrir elle-même : est-elle plutôt Emma, Saylor ou les deux ? Entourée de ses amis, elle va le découvrir.

Le petit groupe du lac est tout aussi attachant que la nouvelle venue. Chacun a son petit truc, mais il est évident que Roo est mon personnage préféré. Est-il possible de faire plus parfait ? Drôle, avenant, gentil, débrouillard, prudent, … En revanche, je commence à déplorer le manque de diversité dans les personnages de Sarah Dessen, il ne me semble pas y avoir vu de personnages homosexuels ou racisés. Lors d’une rencontre en salon du livre, elle avait elle-même dit qu’elle écrivait sur ce qu’elle connaissait mais qu’il serait bien qu’elle intègre des personnages différents désormais, à voir pour la suite ?

Un beau coup de coeur malgré ce petit point, qui m’a fait retomber amoureuse de cette autrice que j’ai découvert pour la première fois à 11 ans et que je n’ai eu de cesse de lire à chaque nouveau livre depuis plus de dix ans maintenant !

 

BD·Contemporain·Coup de coeur·Romance

BD : Un petit goût de noisette (T.1-2), de Vanyda

 

TitreUn petit goût de noisette

AuteurVanyda

EditionDargaud

Pages208/tome

Prix18€/tome

RésuméUn petit goût de noisette à savourer. Dans ce recueil d’histoires courtes, Vanyda explore l’amour, évoque le moment parfait qui nous échappe parfois, les occasions manquées aussi… Usant des dialogues avec justesse et parcimonie, offrant à chaque tranche de vie sa couleur propre, Vanyda fait se croiser ses personnages. En quelques pages, en quelques jours, Benoît, Corentin, Manon, Aymeric et les autres se rencontrent, s’enthousiasment, pleurent. 


Mon avis : 

Comment vous donner envie de lire ces petites merveilles en quelques lignes ? Mission qui semble facile mais qui est délicate tant j’ai peur de ne pas leur rendre justice…

Dans ces bandes-dessinées, on suit la vie de plusieurs personnages, qui semblent ne pas se connaître mais vont rencontrer l’amour. Au détour d’une rue ou d’un jardin, ils croisent l’amour, puis ça dure ou non. Les relations amoureuses dans leur diversité sont représentées : hétérosexuelles, homosexuelles, longues, courtes, anciennes, nouvelles, … Aucun schéma n’est diabolisé, c’est comme ça et c’est tout. C’est doux, c’est mignon, c’est l’instant subtil où on tombe amoureux, c’est le moment déchirant de la rupture, c’est tout ça à la fois et bien plus encore.

Chaque personnage évolue au sein d’une couleur dédiée pendant quelques pages, avant de céder la place à un autre, puis de revenir. On pourrait facilement se perdre mais les couleurs nous rappellent qui est qui, alors même qu’au fur et à mesure, les liens entre les personnages eux-mêmes se révèlent, pour notre plus grand plaisir ! Cette alternance et ces couleurs, participent à une ambiance de vie humaine : ils vont et viennent, on est tristes de les quitter puis heureux de les revoir. Et quel bonheur de les voir évoluer dans le tome 2 tout en découvrant de nouveaux personnages !

Rien que de vous en parler, j’ai envie de les relire en attendant désespérément la publication du tome 3…

Coup de coeur·Drame·Historique·Romance

Lune de Tasmanie, de Tamara McKinley

TitreLune de Tasmanie

AuteurTamara McKinley

EditionL’Archipel

Pages374

Prix22€

Résumé : 1905. À la mort de son mari, Christy décide, à bientôt 65 ans, de se rendre en pèlerinage sur l’île de Skye, en Écosse, terre rude où elle a passé les quinze premières années de sa vie. Avant que ses parents ne soient contraints à l’exil et s’installent en Tasmanie, au sud de l’Australie.
Accompagnée de sa fille Anne et de sa petite-fille Kathryn, Christy embarque pour un long voyage vers le passé, où de douloureux souvenirs referont surface. Un retour aux sources qui bouleversera à jamais la vie des siens…


Mon avis : 

J’ai découvert Tamara McKinley avec La route de Savannah Winds que j’avais apprécié mais sans plus, je la redécouvre ici avec Lune de Tasmanie et c’est un coup de coeur !

Alors que je m’attendais à une histoire somme toute basique de romance et voyage, j’ai découvert la vie d’une femme, alors qu’elle la raconte à sa fille et à sa petite-fille. Christie est une vieille dame qui, à la mort de son mari, souhaite faire le chemin inverse de son émigration et repartir sur l’île de Skye, en Ecosse, dont elle est originaire. Alors qu’on voyage avec elles, on découvre les tensions cachées entre la grand-mère et la mère, qui peu à peu vont se délier à mesure que la compréhension et la confiance se rétablissent entre elles. En parallèle de cette intrigue, les maris restés en Tasmanie font face à une menace inconnue que l’autrice prend soin de nous cacher jusqu’aux derniers chapitres. Une fin prévisible mais peu décevante car finalement ce n’est pas cette partie de l’intrigue qui m’a captivée mais bel et bien l’histoire de Christie.

Christie est une femme qui a vécu les expropriations anglaises en Ecosse et les déménagements de population qui s’en sont suivies. Un pan de l’histoire que je ne connaissais pas et que j’ai eu plaisir à découvrir à travers les yeux d’une enfant. En racontant cette histoire par petites touches et avec le recul d’une vieille femme, cela permet de ne pas rendre le roman triste. On ne s’apitoie pas sur son sort car on sait qu’elle s’en est sortie. Ces événements ont fait partie de sa vie, aussi dramatiques soient-ils, mais elle s’en est relevée et ça permet de donner une atmosphère positive au roman. Il est impossible de ne pas s’attacher à Christie et à sa petite-fille Kathleen, qui a le même caractère combatif et émancipateur que sa grand-mère. Difficile même parfois de croire qu’on n’est seulement au début du XXe siècle tant elles semblent modernes pour leur époque. Ma seule critique concerne le personnage d’Anne, la mère, que j’ai trouvé trop dure et caricaturale. Elle passe de la colère froide, presque ridicule et sans fondements, au pardon du jour au lendemain. Je peux comprendre qu’elle se soit persuadée qu’elle en voulait à sa mère sans le penser réellement, mais ça m’a semblé trop rapide pour être crédible.

Quant à la plume de Tamara McKinley, elle est aussi addictive que dans ces autres romans, on tourne les pages sans s’en rendre compte et on voyage avec plaisir partout où elle souhaite nous emmener !