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La prisonnière du diable, de Mireille Calmel

TitreLa prisonnière du diable

AuteurMireille Calmel

EditionXO Editions

Pages416

Prix19,90€

RésuméMai 1494, en Égypte. Une roue de pierre tourne, gardée par un ordre secret. Lorsqu’elle s’arrête, le nom de celui qui doit mourir apparaît sur la tranche. Celui dont le diable s’est emparé et qui sera exécuté par l’Ordre. La volonté de Dieu…
Juin 1494, à Utelle, sur les hauteurs de Nice. Hersande règne sur le sanctuaire de Notre-Dame. Elle reçoit enfin le billet délivré par la roue.
Mais lorsqu’elle lit le message, elle vacille. Jamais ce nom n’aurait dû apparaître…


Mon avis : 

Ce roman est un one shot qui mêle thriller et ésotérisme. Tout au long de l’histoire, on cherche à trouver le réel serviteur du Diable au sein du village d’Utelle et Mireille Calmel prend un malin plaisir à nous conduire de fausse piste en fausse piste. C’est une course contre la montre pour les protagonistes car tout se jouera avec la naissance imminente du bébé de Mathilde, une jeune femme du village.

J’ai toujours beaucoup aimé les romans de Mireille Calmel, notamment ces deux dernières duologies (Les lionnes de Venise et La fille des templiers), mais j’ai été déçue par ce titre. Alors que ces romans mêlent de manière subtile et crédible l’historique et le religieux, j’ai trouvé qu’ici, rien n’était crédible car l’action du diable est montrée au lieu d’être suggérée. On perd la réalité pour entrer dans les clichés des peurs médiévales : le Diable a ses serviteurs au sein de la communauté, les sorcières en sont les principales actrices, … L’enquête m’a captivée pendant une partie du livre mais j’ai finalement deviné la fin un peu trop rapidement, de même que la romance….

Ce qui m’a aidé à élucider le mystère aura été les personnages stéréotypés : Mathilde, la jeune femme courage et bonne ; la jeune nonne trop parfaite ; Benoît, le maçon bon et protecteur, prêt à tout pour la veuve de son cousin ; le baron, le coupable trop parfait, … C’est dommage car étant une grande lectrice, je connais les schémas les plus basiques et je trouve qu’ici on est en plein dedans.

Evidemment, Mireille Calmel demeure une autrice qui sait captiver son lectorat, la preuve j’ai terminé le livre alors que je n’étais pas emballée. Mais pour moi ce livre cède à la facilité scénaristique et descriptive, il ne m’a pas surprise comme ses autres livres, que ce soit dans l’histoire ou les personnages. J’ai tout de même hâte de voir son prochain titre pour retrouver le bonheur de lire cette autrice.

 

Bien-être·Discutons

Discutons… du Burn Out #2

Pour celles et ceux qui ne le savent pas, j’ai fait un burn out il y a un peu plus de cinq ans, le 2 octobre 2014. J’ai d’ailleurs commencé ce blog moins d’un mois plus tard, pour me changer les idées. Par la suite, j’ai publié un article expliquant ce qu’il s’était passé et tentant de faire un peu de prévention autour de la pression parentale. Quand je l’ai écrit, j’étais retournée à l’université mais j’avais encore des séquelles : perte de concentration, grande fatigue, tétanies ponctuelles. Aujourd’hui, cela fait cinq ans, et je pense qu’il est l’heure de faire un bilan.


Petite chronologie de ces cinq années…

Je vais commencer par un rappel factuel et chronologique : le 2 octobre 2014 je faisais ma première crise de tétanie. Elle a été suivie de nombreuses autres et d’un dépression, me forçant donc à être sous somnifères et anti-dépresseurs pendant quelques mois ainsi que suivie par une psychologue et une psychiatre. Pour tout vous dire, certains se souviennent précisément de ce qu’ils faisaient pendant les attentats de Charlie Hebdo, pour ma part, je n’en ai aucun souvenir. Des six premiers mois de l’année 2015 à vrai dire, je n’ai que très peu de souvenirs, comme si j’avais évolué dans un flou permanent. J’ai arrêté ma classe prépa en janvier, impossible pour moi de continuer, je tétanisais à chaque fois que j’allais en cours et je me sentais trop en décalage avec les autres. De novembre à février je n’ai presque pas lu, c’est dire « l’étendue de votre dépression si c’est votre passion en temps normal » a dit ma psychiatre…

En mars 2015 j’ai arrêté les antidépresseurs mais j’ai continué les somnifères en diminuant les doses. J’ai pris un job de babysitter et j’ai commencé les démarches pour reprendre les études, à l’Université cette fois, en 2e année de licence d’histoire. Cette année aura été l’occasion pour moi de faire un point sur ma vie et ce que je souhaitais faire plus tard. Ça a également été l’occasion de mettre les choses à plat avec mes parents. Eux qui étaient plutôt opposés à l’idée que je travaille dans les livres car ça ne paye pas et il n’y a pas de travail, on accepté que je souhaite devenir bibliothécaire, à condition que j’aille jusqu’au master. J’ai donc repris la fac, plus ou moins sereinement, avec des crises de tétanie très ponctuelles, peut-être une tous les deux mois. Mais à mes premiers partiels, ça a été radical : tétanie, sortie de la salle, et mon professeur a accepté que je lui rende un devoir maison à la place car j’étais incapable de composer en situation d’examen à cause du stress.

Le temps passe, je sais désormais qu’il faut que je change d’air, je n’aime pas la ville de Nantes où je fais mes études, je pars donc faire ma 3e année de licence à Angers, en vue d’intégrer le Master Sciences de l’Information et des Bibliothèques. Angers, c’est une ville que je ne connais pas, dans un département que je ne connais pas. J’y pars seule, entamant une relation à distance avec mon copain de l’époque (relation qui se terminera très tôt car je me fais larguer deux mois après mon arrivée). Mais à Angers, je revis. je découvre des gens accueillants et adorables, je continue de me fatiguer très vite mais le moral est là. Petit à petit, je découvre les soirées étudiantes et je sors. Je passe mes partiels sans souci hormis un peu d’appréhension. 2 ans après mon burn out, j’obtiens ma licence avec la mention Assez Bien, difficile pour moi qui étais habituée aux bonnes notes… Et j’intègre le Master de mes rêves.

Après avoir enchaîné les déceptions et erreurs amoureuses, j’y rencontre mon Chéri, et une de mes meilleures amies aujourd’hui (coucou Lucie !). Je ressens la fatigue, des pointes de stress avant les examens et je tétanise une ou deux fois en trois ans je crois : un miracle. Malheureusement, le burn out n’est jamais loin, et même si je ne suis pas retombée, j’ai des séquelles du stress : des mèches de cheveux blancs apparus lors de cette année 2014, et qui ont proliféré très spécifiquement au moment où je rédigeais mes deux mémoires durant mon master. De même, j’ai commencé à faire des céphalées de tension en plus d’être migraineuse, et je suis aujourd’hui sous médicaments pour ça, je le serai a priori à vie selon ma neurologue. Durant ma deuxième année de master, on nous incite à passer les concours de la fonction publique, ils ne sont pas organisés tous les ans et banco, il y en a dans les trois catégories de la fonction publique territoriale en 2019 ! Je passe le B, j’arrive en vacances épuisée à cause de l’enchaînement stage-mémoire-concours…


Et maintenant ? En février 2020, où j’en suis ?

Et bien… j’ai réussi les concours de la fonction publique, catégorie Assistant de conservation du patrimoine et des bibliothèques principal de 2e classe. J’ai eu les résultats officiel le 18 octobre 2019 : presque 5 ans jour pour jour après ma première crise de tétanie. Je peux vous dire que j’en ai pleuré et la symbolique m’a beaucoup émue. J’ai également décroché un CDD dans ma structure de stage, puis un CDI titularisé comme responsable de médiathèque dans une autre structure. 

Donc aujourd’hui, 5 ans après mon burn out, je peux vous le dire : oui on s’en remet. C’est difficile, c’est long, il y a des rechutes et je dois sans cesse faire attention à réguler ma fatigue et mon stress pour ne pas définitivement replonger. Mais jamais je n’aurai imaginé il y a cinq ans réussir à obtenir un master et à passer des concours. J’étais dégoûtée des études, incapable de me concentrer plus de quelques minutes, incapable de gérer le stress des examens. Je crois que cette année 2019 et ce burn out, ou plutôt la manière dont je m’en suis relevée sont mes plus grandes fiertés à ce jour. 


Quelques conseils…

A ceux qui ont fait un burn out, ou qui sont en plein dedans, il ne faut pas baisser les bras ou se dévaloriser. C’est un mauvais passage de votre vie mais justement, ce n’est qu’un passage. C’est difficile mais on peut s’en relever, il faut simplement accepter de fonctionner différemment pour mieux réussir. 

  • Acceptez de ne pas être les meilleur(e)s par rapport aux autres mais soyez les meilleur(e)s par rapport à vous-même
  • Faites des listes, afin de ne pas vous laisser submerger
  • N’hésitez pas à exprimer ce que vous ressentez, à parler, même seul(e) : se vider la tête par l’expression permet également de se focaliser sur ce qu’on dit au moment où on le dit et donc de ne pas se faire submerger par pleins de choses en même temps.
  • Ne restez pas seul(e)s
  • Acceptez de vous reposer, de prendre le temps de glander, de faire des choses qui vous font plaisir
  • Ne vous dévalorisez pas et ayez foi en l’avenir, ayez un but, un objectif

Voilà, j’espère que ce bilan, cinq ans après, aura pu vous donner espoir et vous encourager à bien gérer votre stress et fatigue car c’est important 😉

Mes mails et commentaires sont à votre disposition si vous souhaitez en discuter ❤

Discutons

Féminisme et modernité : Benoîte Groult

Pourquoi vous parler de Benoîte Groult ici ? Qui est Benoîte Groult ? Pourquoi parler de féminisme ?

Je viens de terminer mes études et durant ma seconde année de master, j’ai réalisé un projet scolaire : l’organisation d’une journée de transcription participative, autour des textes de la féministe Benoîte Groult. Ce travail a été pour moi un révélation sur plusieurs choses. Pour préparer ce projet, nous avons eu le droit avec mon groupe à une visite du Centre des Archives du Féminisme, situé à la BU d’Angers, par la conservatrice. Elle nous a parlé des origines de l’association et du centre, nous a montré des objets et documents historiques autour de la cause féministe et des combats actuels.

 

Le féminisme : un combat d’actualité

Le terme de féminisme est apparu au XIXe siècle et désignait alors un homme avec de fortes tendances féminines. Par la suite, le terme a pris un sens politique et est aujourd’hui défini comme « Mouvement social qui a pour objet l’émancipation de la femme, l’extension de ses droits en vue d’égaliser son statut avec celui de l’homme, en particulier dans le domaine juridique, politique, économique; doctrine, idéologie correspondante. » (définition donnée par le CNRTL). Parmi les grandes avancées historiques acquises grâce aux féministes, on peut citer : le droit de vote (1945), le droit à la contraception (1967 et 1974), le droit à l’avortement (1975), mixité des concours de la fonction publique (1974, je le cite car en tant que bibliothécaire je suis concernée) et bien d’autres. Aujourd’hui, le féminisme s’accompagne souvent du terme de féminazie qui désigne le féminisme radical, visant la supériorité des femmes sur les hommes, plutôt que l’égalité.

On pourrait penser que nous, enfants des années 90-2000 (je parle de ma génération), n’avons plus rien à faire valoir en termes d’égalité, que celle-ci est acquise. Il n’en est rien comme le prouvent les chiffres et termes suivants :

  • la taxe rose : c’est le fait que par exemple on paie un rasoir pour femmes plus cher qu’un rasoir pour hommes alors que seule la couleur change
  • la précarité menstruelle :  les protections hygiéniques ne sont pas remboursées en France et représentent un budget important pour les femmes, empêchant certaines d’entre elles d’en bénéficier chaque mois pendant leurs règles
  • 72% des tâches domestiques sont effectuées par les femmes au sein d’un foyer
  • 24% c’est l’écart de revenu salarial entre les femmes et les hommes à travail égal en 2015
  • plus de 70 femmes tuées sous les coups de leurs conjoints depuis début 2019
  • 1 femme sur 5 subit des violences sexuelles ou du harcèlement au travail en 2015
  • l’UNICEF estime à près de 200 millions le nombre de femmes excisées, donc mutilées sexuellement, dans le monde

Le combat existe encore, il est juste différent, on ne se bat plus pour des inégalités flagrantes comme le droit de vote, mais des inégalités plus insidieuses. Ce ne sont que quelques chiffres parmi d’autres, ils proviennent des statistiques 2019 éditées par le gouvernement sur l’égalité hommes-femmes.

Enfin, je tiens à rappeler, que le féminisme c’est selon moi autant défendre le droit d’une femme à ne pas porter le voile, qu’une autre à le porter : c’est défendre le droit des femmes de faire ce qu’elles veulent de leur corps et de leurs désirs, à l’égal des hommes, tant que cela n’entrave pas la liberté d’autrui.

Mais également que, selon moi encore une fois, ce n’est pas en invisibilisant les inégalités en sens inverse (car oui, les hommes, malgré leurs privilèges subissent des inégalités et des pressions sociales comme le culte de la virilité ou les jugements de garde d’enfants lors des divorces, majoritairement attribués aux mères). L’égalité se fait en travaillant main dans la main, pas les uns contre les autres.

 

Benoîte Groult : une féministe moderne

Peut-être, comme moi avant de travailler sur ses textes, ne connaissez-vous pas Benoîte Groult ? Elle est une féministe, journaliste et romancière née en 1920 et décédée en 2016. Elle a publié plusieurs romans avant de sortir son premier essai féministe, Ainsi soit-elle, en 1975 où elle dénonce publiquement les mutilations sexuelles féminines. Mariée trois fois et vivant une relation libre avec son dernier époux, elle a par le biais de ses expériences, découvert sa fibre féministe sur le tard selon elle. Pour autant, elle prend soin d’en parler avec modernité.

Dans les deux écrits que j’ai lu d’elle, Ainsi soit-elle et son autobiographie Mon évasion, Benoîte Groult revient sur les origines du féminisme et de son féminisme personnel avec une plume drôle et piquante. Loin d’elle l’idée de taire les choses ou d’user d’euphémisme. Drôle, elle assume ses envies de femmes et ses désirs d’émancipation et d’égalité sans pour autant faire une leçon de morale au lecteur. 

Par la suite, la dessinatrice Catel a réalisé une bande dessinée dédiée à sa vie, Ainsi soit Benoîte Groult, que je vous recommande si vous n’avez pas la foi de lire son autobiographie, c’est vraiment intéressant.

Si j’ai choisi de mettre cette autrice en valeur, c’est tout d’abord parce que je connais un peu son parcours, mais aussi et surtout parce que ce sont ses écrits et le travail effectué sur elle qui m’ont ouvert les yeux sur le féminisme et la condition des femmes. Il me semblait bon de lui rendre hommage dans cet article sur les femmes et l’égalité hommes-femmes.

 

Pour aller plus loin

Je vous propose ici quelques titres (vraiment un infime échantillon) sur le sujet du féminisme, et des inégalités hommes-femmes si vous souhaitez aller plus loin. Gros coup de coeur pour l’album « Pourquoi les filles ont mal au ventre ».

  • Pourquoi les filles ont mal au ventre, de Lucile de Pesloüan et Geneviève Darling
  • Ainsi soit Benoîte Groult, de Catel
  • Ainsi soit-elle, de Benoîte Groult
  • Mon évasion, de Benoîte Groult
  • Le féminisme au-delà des idées reçues, de Christine Bard
  • Sorcières : la puissance invaincue des femmes, de Mona Chollet
  • Le deuxième sexe, de Simone de Beauvoir
  • « Femme réveille-toi ! » : Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, d’Olympe de Gouges
  • Chère Ijeawele : un manifeste pour une éducation féministe, de Chimamanda Ngozi Adichie

Voilà, ça me tenait à coeur d’écrire ce petit article à propos de mon « éveil » féministe. J’espère qu’il aura pu faire réfléchir les un(e)s et les autres 🙂

N’hésitez pas à me faire part de vos réflexions sur le sujet, et autres idées lectures en commentaires, ça me permettra d’en découvrir plus !

Bien-être·Discutons

Discutons… du Burn Out #1

 

Contrairement à d’habitude, cet article sera très personnel. J’en ai un peu parlé hier sur Facebook, mais j’avais besoin de vous écrire cet article, et j’espère qu’il pourra peut-être en aider certains s’ils sont dans la même situation que moi.

Déjà, je vais vous raconter les faits, ce qu’il s’est passé pour moi quand j’ai fait ce burn-out.
A partir du collège, j’ai fait 2-3 fois du « surmenage » (dixit le médecin), certains matins il m’était impossible de me lever, je devais passer 3-4 jours à me reposer (entendez dormir quasiment tout le temps) puis ça repartait, rien d’inquiétant. Fin collège, et pendant le lycée, sont venues les crises de larmes, il y a eu quelques fois où je me suis mise à pleurer et impossible de m’arrêter, quand on me faisait rire je pleurais encore plus, cela pouvait durer plusieurs heures, et je ne savais pas forcément dire pourquoi je pleurais. Arrivée en prépa, les crises de larmes sont devenues plus fréquentes, c’était environ 2 ou 3 par trimestre. N’allez pas croire que je n’ai pas aimé la prépa, j’ai adoré, et ma première année s’était très bien passée, j’étais même dixième de ma promo sur cinquante. L’été est arrivé, j’ai découvert que je voulais faire l’Ecole des Chartes mais que ma prépa ne préparait pas ce concours, je devais donc le travailler toute seule, ce que j’ai fait pendant les grandes vacances. Arrivée en septembre, tout va bien, je retrouve les copines, les profs, mais je suis déjà fatiguée. J’ai beaucoup de mal à m’endormir et je me réveille plusieurs fois par nuit.
Le 2 octobre, je rentre vers 18h30, crevée, mais je dois bosser, le lendemain j’ai 6h de DS d’histoire, donc près d’une centaine de pages de cours à réviser. Je me couche vers 22h30 et là, je me mets à pleurer un peu, je pense que ça va passer. Mais ça ne passe pas, la crise de larmes commence. Evidemment Chéri s’inquiète, cette crise là est assez violente. Deux heures plus tard, je pleure toujours, mais je tremble aussi, de plus en plus violemment. Chéri essaie de me mettre sous la douche pour me calmer, ça ne marche pas. Il appelle mes parents, pas de réponse, il appelle ma soeur qui vit dans la même ville que nous, elle débarque en catastrophe avec une amie avec qui elle passait la soirée. Vers 1h du matin, les tremblements sont de plus en plus violents, comme les larmes, mais ne concernent pas mes doigts et mes orteils car ceux-ci ont tétanisés. Impossible pour moi de les bouger, ils sont très contractés et je pense que si on essaie de me les bouger de force on va me les casser et même ma machoire se contracte, j’ai du mal à parler. Je crois bien que j’ai broyé la main de l’amie de ma soeur cette nuit-là avec mes ongles. Dépassé, Chéri appelle le médecin de nuit qui vient une heure plus tard, piqure de décontractant musculaire, je commence à me détendre et trente minutes après ça va mieux mais je suis épuisée.
Si je me souviens d’une chose qui s’est dite ce soir-là, c’est que j’ai répété plusieurs fois « Je veux pas y aller, je veux pas y aller ». Evidemment, le lendemain je ne vais pas en cours, je vais même chez mes parents, qui ont vu l’avalanche de message après coup. Le dimanche, je retourne dans mon appart et là, à la pensée de retourner en cours le lendemain, je ne peux pas. J’appelle mes parents, je ne veux pas aller à l’école, je ne me sens pas prête. Très bien, je n’irais pas, je vais me reposer encore un peu. Le week end suivant, je me sens prête à y retourner mais il faut absolument que je fasse mon commentaire d’anglais, je suis déjà en retard pour le rendre. Et là, c’est dur, les mots ne viennent pas, je ne comprends pas ce que je lis. Je me force quand même et j’envoie un devoir nul au prof, mais voilà, je ne me sens pas bien. Le soir-même, la tétanie revient. Cette fois mon père a gardé son téléphone près de lui, on l’appelle vers minuit, il vient me chercher pour que je vienne passer quelques jours chez lui, c’est décidé, je n’irais plus en cours jusqu’aux vacances.
Pendant les vacances, je me repose, je vais chez le médecin, on me donne des vitamines et des anxiolytiques. Mais je suis toujours fatiguée, je mange moins, je n’ai envie de rien. J’ouvre le blog à cette période, pensant que ça me fera penser à autre chose, ça marche…quelques temps.
Novembre, reprise des cours, je prie pour ne pas tétaniser en cours. Manque de chance, première heure, cours de philo, je tétanise, il faut m’envoyer à l’infirmerie, l’infirmière me renvoie chez moi, et chez le médecin. Le médecin ne sait pas trop quoi me dire, je dois y retourner la semaine suivante si ça ne va pas mieux. Mais la semaine suivante, tétanie tous les jours, voir deux fois pas jour, j’ai même un sac attribué et réservé à l’infirmerie pour respirer dedans jusqu’à ce que je me calme. J’ai de moins en moins envie de faire des choses, le soir je rentre, je me mets dans mon lit et je ne bouge pas, je ne fais rien, je ne lis plus. Vous avez peut-être remarqué un grand manque d’articles entre novembre et décembre, voici la raison. Le médecin, inquiet, me donne des anti-dépresseurs et m’envoie chez un psychiatre, mais impossible d’avoir un RDV avant un mois. Les anti-dépresseurs me laminent, je suis tout le temps fatiguée, je n’ai envie de rien, je continue la tétanie, je ne vais plus en cours qu’épisodiquement. Décembre arrive, je vois la psychiatre, elle me change les anti-dépresseurs et me donne un décontractant pour quand je tétanise, ainsi que des somnifères. De décembre à mars, je vide la boite de décontractant et celle de somnifères. Noël et mon anniversaire passent, ça va un peu mieux. Après le nouvel an, je pars à la montagne avec Chéri, chez mon grand-père, pour me changer les idées. Ca me fait du bien, arrivée en janvier, je suis prête à reprendre les cours. Mais à la rentrée, je tétanise, et je me sens larguée par rapport aux autres, impossible pour moi de faire les DS, encore moins les concours blancs qui arrivent. Fin février, c’est avec un grand regret que je quitte la prépa. Je passe deux mois sans rien faire mais je reprend la lecture, je postule comme chroniqueuse au webzine, je reprends le blog. Arrêter la prépa m’a fait un bien fou au niveau physique, je ne tétanise plus, je dors mieux. En mars, j’arrête les anti-dépresseurs, les somnifères et je ne vais plus voir la psychiatre. Je m’inscris en agence de baby-sitting pour faire quelque chose de mes journées, je me remets lentement. Je m’impose tout de même un rythme, je mets un réveil à 9h tous les matins, j’évite de me coucher trop tard.
Aujourd’hui, je vais mieux, je viens de reprendre les cours, mais à la fac cette fois. En parallèle du blog, du webzine et du baby-sitting. En tout cas, « je vais mieux » c’est ce que je pensais. Mais aujourd’hui, je vous avoue que j’ai peur. J’ai peur parce qu’en une semaine de cours, j’ai récupéré mon niveau de fatigue d’octobre 2014 et j’ai du mal à rester concentrée pendant 2h de cours magistral. J’ai du mal à m’endormir et je me réveille tous les nuits. Je n’ai pas vraiment envie d’aller en cours. Ma mère pense que je dois aller chez le psy, moi je pense que ça ne suffira pas. Je ressent le besoin de relaxation. Alors je me force à sortir de mes devoirs, depuis quelques jours je me dis : « Ce soir, pas de devoirs, tu lis et tu vas sur l’ordi, c’est tout. » J’espère vraiment ne pas refaire comme l’année dernière, ça me fait peur.
Maintenant, je vais vous parler des causes, car oui il y en a. Déjà, le travail, je travaillais trop, c’est clair et net. Ensuite, et c’en était une grosse partie : la pression parentale. Depuis toute petite, mon père m’a toujours dit de bien travailler, de faire toujours plus que ce que les professeurs demandaient, et si j’avais en dessous de 15/20, j’avais un peu peur de lui dire ma note. Arrivé en prépa, il a un peu relativisé, notamment car au premier semestre j’étais 10e. Mais au second semestre, je suis passée 26e et là, ça a moins été. Je voulais habiter avec Chéri à la rentrée suivante, et il s’y opposait. Mais peut-être ne s’est-il pas rendu compte que me dire « Si tu habites avec tu ne bosseras plus, tu auras des mauvaises notes » a joué. Car oui, début de deuxième année, j’ai eu de mauvaises notes. Et pourtant je bossais, et même plus qu’avant car les tâches ménagères étant partagées j’avais plus de temps pour travailler. Pour moi, ce qu’il m’avait dit a joué, c’était lui donner raison et le décevoir. Et quand j’ai été chez la psy, que j’en ai ensuite parlé à mon père, il n’a pas compris, pour lui, il ne m’avait jamais mis la pression, il ne se rendait pas compte.
Ensuite, il y a eu le stress. J’ai toujours été stressée mais sans forcément m’en rendre compte. Et je pense que c’est très lié à la pression parentale.
Alors oui, aujourd’hui j’ai moins de pression…Vraiment ? Avec des phrases comme « La fac y a que ceux qui bossent pas qui se foirent », « De toute façon tu vas forcément réussir à la fac », « Tu vas avoir ton année haut la main », ça n’a l’air de rien mais ça met la pression. J’ai l’impression de devoir absolument réussir si je ne veux pas décevoir cruellement ma famille, donc je bosse beaucoup, mais tout le monde trouve ça facile, donc en fait, on a l’impression que je ne fais pas grand chose alors que depuis la rentrée, je ne lis presque plus pour le plaisir mais je passe ma vie à la BU. Et puis il y a ma mère qui veut absolument que je trouve un job étudiant pour bosser 1 à 2 journées par semaine en plus du baby sitting. Oui mais maman, moi j’ai déjà peur de refaire comme l’année dernière, je ne veux pas me charger encore plus…
Toutes ces choses, ce sont de petites choses mais ça joue beaucoup et les gens ne se rendent pas compte. Alors qu’au lieu de dire « Tu vas avoir ton année haut la main » ce qui suppose que c’est vraiment la personne qui est impliquée, dire « Tout va bien se passer » est tellement mieux car ça ne met pas la pression…
Alors voilà, avec ce long article où je vous parle de mon expérience, je veux faire prendre conscience à tous les parents que les enfants sont sensibles, vous ne vous rendez pas forcément compte que vous mettez la pression mais ils le ressentent, et ensuite, même si vous dites que vous ne le faites plus, c’est dur pour eux de s’en détacher. Alors qu’il suffit juste de changer quelques mots… Et pour les enfants/ados/… je sais que c’est banal de dire ça et je j’ai moi-même du mal à suivre ce conseil mais ne vous mettez pas la pression, sortez, aérez-vous. Pour moi, mes bouffées d’air frais sont le webzine et le blog, ils me tiennent vraiment à coeur, alors oui je stresse un peu de ne pas lire assez des fois, mais c’est tellement important pour moi que ce n’est pas grave. Au contraire de la fac où des fois j’ai l’impression que c’est plus important pour mes parents que pour moi…
Il y a pleins de manifestations de burn-out, on peut s’évanouir, de pas pouvoir se lever un matin, faire des crises de larmes, tétaniser, péter un cable, il ne fait jamais le prendre à la légère car il faut énormément de temps pour s’en remettre et ce n’est même pas toujours reconnu.

Donc, et je finirais là-dessus, sachez vous préserver, et aux parents, évitez la pression. Personnellement, je vais tout faire pour ne pas retomber dans le même état que l’année dernière mais je pense que pour l’instant c’est mal parti…

En tout cas, n’hésitez pas à partager votre expérience avec moi, dans les commentaires ou par mail à l’adresse suivante : leslecturesdeole@gmail.com si vous voulez que cela reste privé. Je serais heureuse d’en discuter avec vous, car je pense que c’est important d’en parler et de ne pas garder cela pour soi.