Historique

Le pays des autres, de Leïla Slimani

TitreLe pays des autres

AuteurLeïla Slimani

EditionGallimard

Pages368

Prix20€

RésuméEn 1944, Mathilde, une jeune Alsacienne, s’éprend d’Amine Belhaj, un Marocain combattant dans l’armée française. Après la Libération, le couple s’installe au Maroc à Meknès, ville de garnison et de colons. Tandis qu’Amine tente de mettre en valeur un domaine constitué de terres rocailleuses et ingrates, Mathilde se sent vite étouffée par le climat rigoriste du Maroc. Seule et isolée à la ferme avec ses deux enfants, elle souffre de la méfiance qu’elle inspire en tant qu’étrangère et du manque d’argent. Le travail acharné du couple portera-t-il ses fruits ? Les dix années que couvre le roman sont aussi celles d’une montée inéluctable des tensions et des violences qui aboutiront en 1956 à l’indépendance de l’ancien protectorat. Tous les personnages de ce roman vivent dans « le pays des autres » : les colons comme les indigènes, les soldats comme les paysans ou les exilés. Les femmes, surtout, vivent dans le pays des hommes et doivent sans cesse lutter pour leur émancipation. 


Mon avis : 

Le pays des autres est un roman qui retrace la vie de Mathilde, alsacienne immigrée au Maroc après la guerre, sa vie familiale et son adaptation dans un pays différent du sienLeila Slimani écrit un très beau roman sur la vie à l’étranger, la découverte de l’autre, mais surtout le sortir de la guerre et les conséquences sur l’empire français. Elle décrit à merveille la sensation de ne pas être à sa place, d’être dans « le pays des autres », car Mathilde est Alsacienne au Maroc, un pays aux coutumes et aux croyances différentes. Que ce soit dans ses relations avec son mari, où l’incompréhension est présente des deux côtés, avec sa belle-famille aux moeurs plus conservateurs ou avec le reste de la population qui la considère comme « l’envahisseur ». 

Car en parallèle, les révoltes pour mettre fin au protectorat au Maroc commencent et c’est un sujet peu traité dans la littérature qu’on a plaisir à découvrir ici. Le Maroc a longtemps été sous protectorat français, avec des lois spécifiques pour les marocains et l’installation de nombreux colons français sur place. Au moment où se déroule l’histoire de Mathilde, les révoltes commencent à avoir lieu pour mettre fin à l’empire colonial, et cela entraîne des incertitudes pour ce couple franco-marocain : de quel côté se placer ? Comment agir et réagir face aux autres et à leurs préjugés ? Des questionnements intéressants car ils sont finalement universels pour les personnes qui doivent évoluer entre deux cultures et s’interrogent sur leur identité. 

On a là un style totalement différent de ce qu’elle avait pu faire dans Une Chanson Douce et l’écriture était glaçante. Ici, on a une narration à la manière dont on raconte des souvenirs, c’est chaleureux et positif, même dans les passages difficiles. Sans être un coup de coeur, j’ai passé un très bon moment de lecture.

Coup de coeur·Drame·Historique·Romance

Lune de Tasmanie, de Tamara McKinley

TitreLune de Tasmanie

AuteurTamara McKinley

EditionL’Archipel

Pages374

Prix22€

Résumé : 1905. À la mort de son mari, Christy décide, à bientôt 65 ans, de se rendre en pèlerinage sur l’île de Skye, en Écosse, terre rude où elle a passé les quinze premières années de sa vie. Avant que ses parents ne soient contraints à l’exil et s’installent en Tasmanie, au sud de l’Australie.
Accompagnée de sa fille Anne et de sa petite-fille Kathryn, Christy embarque pour un long voyage vers le passé, où de douloureux souvenirs referont surface. Un retour aux sources qui bouleversera à jamais la vie des siens…


Mon avis : 

J’ai découvert Tamara McKinley avec La route de Savannah Winds que j’avais apprécié mais sans plus, je la redécouvre ici avec Lune de Tasmanie et c’est un coup de coeur !

Alors que je m’attendais à une histoire somme toute basique de romance et voyage, j’ai découvert la vie d’une femme, alors qu’elle la raconte à sa fille et à sa petite-fille. Christie est une vieille dame qui, à la mort de son mari, souhaite faire le chemin inverse de son émigration et repartir sur l’île de Skye, en Ecosse, dont elle est originaire. Alors qu’on voyage avec elles, on découvre les tensions cachées entre la grand-mère et la mère, qui peu à peu vont se délier à mesure que la compréhension et la confiance se rétablissent entre elles. En parallèle de cette intrigue, les maris restés en Tasmanie font face à une menace inconnue que l’autrice prend soin de nous cacher jusqu’aux derniers chapitres. Une fin prévisible mais peu décevante car finalement ce n’est pas cette partie de l’intrigue qui m’a captivée mais bel et bien l’histoire de Christie.

Christie est une femme qui a vécu les expropriations anglaises en Ecosse et les déménagements de population qui s’en sont suivies. Un pan de l’histoire que je ne connaissais pas et que j’ai eu plaisir à découvrir à travers les yeux d’une enfant. En racontant cette histoire par petites touches et avec le recul d’une vieille femme, cela permet de ne pas rendre le roman triste. On ne s’apitoie pas sur son sort car on sait qu’elle s’en est sortie. Ces événements ont fait partie de sa vie, aussi dramatiques soient-ils, mais elle s’en est relevée et ça permet de donner une atmosphère positive au roman. Il est impossible de ne pas s’attacher à Christie et à sa petite-fille Kathleen, qui a le même caractère combatif et émancipateur que sa grand-mère. Difficile même parfois de croire qu’on n’est seulement au début du XXe siècle tant elles semblent modernes pour leur époque. Ma seule critique concerne le personnage d’Anne, la mère, que j’ai trouvé trop dure et caricaturale. Elle passe de la colère froide, presque ridicule et sans fondements, au pardon du jour au lendemain. Je peux comprendre qu’elle se soit persuadée qu’elle en voulait à sa mère sans le penser réellement, mais ça m’a semblé trop rapide pour être crédible.

Quant à la plume de Tamara McKinley, elle est aussi addictive que dans ces autres romans, on tourne les pages sans s’en rendre compte et on voyage avec plaisir partout où elle souhaite nous emmener !

Coup de coeur·Historique·Jeunesse·Manga

La petite faiseuse de livres T.2, de Suzuka & Miya Kazuki

TitreLa petite faiseuse de livres 2

AuteurSuzuka & Miya Kazuki

EditionOfelbe

Pages172

Prix6,99€

RésuméUrano Motosu, la bibliovore morte écrasée par sa bibliothèque, s’est réincarnée dans un monde où le papier n’existe pas et où le moindre parchemin coûte un prix exorbitant. Qui plus est, dans un corps souffreteux au possible ! Malgré tout, aucun obstacle semble pouvoir l’empêcher de mettre à profit les connaissances qu’elle a acquises dans son ancienne vie pour satisfaire son désir de lecture. Si pour ça elle doit en passer par recréer elle-même du papyrus ou des tablettes d’argile, elle le fera I Une bibliofantaisie pour les amoureux des livres, par des amoureux des livres !


Mon avis : 

Cette série sera très vite devenue une série coup de coeur pour l’amoureuse de livres que je suis.

Maïn continue sa quête pour apprendre à fabriquer ses propres livres, à défaut d’en trouver à acheter. Avec elle, on retrace l’histoire du livre, des premiers supports d’écriture jusqu’au papier : elle n’hésite pas à fabriquer du papyrus ou des tablettes d’argile et c’est amusant et intéressant de voir les failles de ces différents supports. Le chemin est long pour faire un livre mais il n’y a pas de petites victoires !

Les dessins, toujours aussi ronds, sont un régal de douceur et j’ai beaucoup apprécié les petites planches explicatives sur les procédés employés par Maïn dans sa recherche de création.

Les personnages secondaires prennent un peu plus d’ampleur car Maïn comprend qu’elle ne peut pas faire les choses seules, bloquée par les limites de son nouveau corps. Il est difficile de ne pas s’attacher à son ami masculin (j’ai oublié son nom, my bad…), à qui Maïn fait découvrir les joies de la cuisine. Car les connaissances livresques ne sont pas les seules qu’elle amène avec elle, la petite fille sait reconnaître les plantes, les épices, … Peut-être un peu trop pour que ça semble réaliste ? Certes, en tant que bibliothécaire elle avait amassé une grande quantité de connaissances, mais de là à se souvenir de tout ? Cela semble presque trop facile !

Ces petites facilités n’empêchent pas de passer un excellent moment de lecture en compagnie de cette bibliophile chevronnée et j’ai hâte de la retrouver pour un troisième tome !

Historique·Romance

Au bonheur des filles, d’Elizabeth Gilbert

TitreAu bonheur des filles

AuteurElizabeth Gilbert

EditionCalmann-Lévy

Pages544

Prix21,90€

RésuméDu haut de ses 19 ans, Vivian sait déjà qu’elle ne veut pas du destin tout tracé par ses parents. Mais de sa bulle protégée, elle est loin de s’imaginer le tourbillon incroyable qu’est New York au début des années 1940. Alors, quand après un énième échec scolaire elle est envoyée chez sa tante Peg qui possède un théâtre en plein Times Square, Vivian n’en croit pas ses yeux. Entre la ville qui vibre sans cesse et la troupe d’artistes et de danseuses qui cohabitent joyeusement dans le théâtre, Vivian découvre l’exubérance, la fête et la liberté. Surtout auprès de sa nouvelle amie Celia, une sublime showgirl très émancipée pour l’époque… Mais un faux pas lors d’une virée nocturne fera hélas chavirer le nouveau monde de Vivian et la renverra à la case départ. Quand on a goûté au bonheur d’être une fille libre, peut-on y renoncer ?


Mon avis : 

Un titre et un résumé attirants pour un roman plein de peps et d’insouciance !

Vivian Morris est désormais une vieille dame, et elle écrit à Angela, une jeune fille dont on n’ignore tout, pour lui raconter sa vie et expliquer son lien avec le père de cette dernière. Et tout commence avec son arrivée à New York dans les années 1940, où elle logera dans un cabaret. Elle y découvre un environnement frivole, fait de danse, de musique et de flirt. Loin des conventions familiales, Viv s’initie au sexe et aux plaisirs de la vie sans tabou, jusqu’à l’ivresse. Le spectre de la guerre, bien présent même si notre héroïne ne s’en rend pas compte, prend de plus en plus de place, et la réalité rattrape bientôt le rêve dans lequel Vivian s’évertuait à vivre.

J’ai beaucoup apprécié l’environnement décrit dans ce roman, l’insouciance de l’entre-deux guerres est encore bien présente et on est vraiment plongés dans cet univers plein de joie et d’enivrement, malgré la crise économique. L’autrice prend le soin de s’intéresser aux classes marginales de la société : showgirls, comédien.ne.s, mais également homosexuel.le.s et de raconter leur quotidien sans les stigmatiser pour autant, le Lily Playhouse étant son propre microcosme. J’ai eu un peu de mal à entrer dans l’histoire car il faut avouer qu’elle est un peu longue à démarrer, surtout si on lit le résumé avant, qui nous suggère du scandale qui met du temps à arriver. Mais une fois le premier tiers du roman passé, je n’ai pas pu m’empêcher de le dévorer et de suivre cette jeune femme indépendante avec plaisir !

Vivian Morris passe de la jeune fille innocente mais pleine d’un immense désir d’une liberté fantasmée, à une femme qui assume sa liberté de choix et sa liberté sexuelle (à une époque où la sexualité d’une femme n’est que trop résumée au mariage). Guidée par Peg et Olive, deux femmes ayant vécu la Première Guerre Mondiale, Viv évolue grandement entre le début et la fin du roman, elle propose un regard sur elle-même aussi désabusé que parfois critique, mais honnête.

Un très bon roman donc, malgré un début un peu lent par rapport à mes attentes. On retrouve la plume addictive d’Elizabeth Gilbert et un intérêt tout particulier porté au costume de l’époque qui aide à se représenter cet univers passé mais au combien passionnant !

Drame·Historique

Lettres de Washington Square, d’Anne Icart

TitreLettres de Washington Square

AuteurAnne Icart

EditionRobert Laffont

Pages312

Prix : 19€

RésuméDans ma prochaine lettre, je te raconterai mon arrivée à New York. Je te raconterai Ellis Island, ce terrible endroit par lequel passent tous les migrants. Il faut que je te laisse. Il fait vraiment très froid à présent, la nuit tombe et je dois aller prendre mon service au Waldorf.
Je t’embrasse, mon cher fils.

Des montagnes pyrénéennes à New York, une histoire d’amour filial incroyablement émouvante portée par l’espoir des deuxièmes chances que la vie offre parfois.


Mon avis : 

Baptiste est parti pour les Etats-Unis il y a soixante ans, en laissant son fils aux soins de sa belle-soeur et sa belle-mère dans les Pyrénées. Michel pense que son père l’a abandonné. Quand Tine, la belle-soeur, décède, Zellie la fille de Michel trouve des lettres de Baptiste : qu’est-il devenu depuis tout ce temps ? Ce sont ces quelques phrases qui résument l’intrigue de ce roman qui plaira aux amateurs de secrets de famille et de romans sur la vie quotidienne au XXe siècle. 

Je m’attendais à un roman entièrement épistolaire mais ça n’a pas été le cas : on alterne entre les lettres de Baptiste à son fils Michel, et des chapitres en majorité du point de vue de Zellie, la fille de Michel. Cette double narration apporte beaucoup au récit car ça permet différents points de vue et de voir l’évolution des personnages à la lecture même de ces lettres, ce qui n’est pas forcément possible dans un roman épistolaire au sens propre du terme. Lettres de Washington Square est une belle et triste histoire sur l’amour d’un père pour son fils, son exil aux Etats-Unis, sa reconstruction et les conséquences des secrets au sein d’une famille. Ça traite également des racines, du sentiment d’appartenance à une patrie, de la construction et du sentiment d’abandon.

On y découvre, en même temps que Michel et Zellie : Ellis Island, l’immigration, le fameux « tout le monde peut réussir aux Etats-Unis », la diaspora française, … C’est passionnant car c’est un passé pas si lointain, que nos grands-parents ont pu vivre et ça permet de se sentir encore plus proches de ces personnages si attachants. J’ai adoré chacun d’entre eux, y compris les personnages secondaires, de la même manière que Michel s’est attaché à eux à la lecture des lettres de son père.

Le roman est porté car une écriture qui alterne entre descriptions et dialogues, juste ce qu’il faut pour ne pas s’ennuyer. Et même si j’ai eu un peu de mal à rentrer dans le roman, une fois que j’ai eu dépassé la centaine de pages, j’ai tout dévoré, je voulais savoir si Baptiste et Michel pourraient se revoir avant la fin. Une belle découverte donc, que je recommande chaudement !

Classique·Historique·Jeunesse

Le jardin secret, de Frances Hodgson Burnett

TitreLe jardin secret

AuteurFrances Hodgson Burnett

EditionArchipoche

Pages288

Prix5,95€

RésuméMary Lennox, mal-aimée de ses parents, a été abandonnée aux soins de domestiques indiens qui ont laissé libre cours à ses caprices et à son insolence. À la suite d’une épidémie de choléra, retrouvée seule dans une maison vide, elle est envoyée en Angleterre pour vivre auprès d’un oncle qu’elle n’a jamais connu : Archibald Craven, vieil homme riche et bossu, qui vit dans un manoir isolé du Yorkshire. La nuit, elle y entend l’écho de pleurs venus d’une chambre introuvable. Mary s’ennuie dans cette sombre demeure, cernée de landes sinistres. Mais en explorant le domaine, elle fait la rencontre d’un rouge-gorge et se laisse guider jusqu’à une clé enterrée. Elle lui donne accès au jardin clos où sa tante aimait à cultiver des roses. Jardin condamné par l’oncle Archibald depuis la mort de son épouse. Poussée par la curiosité, Mary décide de braver l’interdit et ouvre la porte grinçante. Sa vie ne sera plus jamais la même…


Mon avis : 

Certains le savent peut-être déjà mais mon livre préféré est Une petite princesse de Frances Hodgson Burnett. Or, il se trouve que son autre grand succès fut Le jardin secret, que je n’avais encore jamais lu, cette erreur est désormais réparée grâce à l’Archipel !

N’attendez pas de ce roman des grandes scènes d’action, on y suit simplement l’évolution de deux enfants à la suite de leur découverte d’un jardin abandonné. Mary Lennox est une petite fille laide et méchante car on lui a toujours tout passé et que ses parents ne s’occupaient pas d’elle. Suite à leur décès, elle se retrouve dans le grand manoir d’un oncle qu’elle ne connait pas et elle entend parler d’un mystérieux jardin fermé depuis dix ans. Il n’en faut pas plus pour sortir cette enfant de son apathie et l’ouvrir au monde.

J’ai retrouvé les thèmes que j’aimais particulièrement dans son autre roman : l’innocence et l’émerveillement constant de l’enfance, la gentillesse simple et la magie. Sans avoir une histoire pleine de rebondissements, l’autrice arrive à captiver le lecteur en montrant la magie au sein des petits bonheurs quotidiens : un petit pain chaud, une discussion avec un ami, une fleur qui pousse, … Ce roman a été comme une bouffée d’air frais en cette période compliquée de confinement. J’ai eu l’impression d’être au coeur de ce jardin et de m’émerveiller toujours plus avec les enfants. 

Frances Hodgson Burnett semble avoir à coeur, dans ses romans, de traiter d’éducation et de psychologie et Le jardin secret en est la preuve : elle démontre comment le psychologique peut avoir un fort impact sur le physique. Les personnages qui se répètent sans cesse qu’ils vont mourir, qu’ils sont insupportables, à qui on n’accorde pas d’attention, sont mauvais et laids. Dès lors qu’ils s’ouvrent au monde et y voient le positif, ils tendent à aller mieux et à voir leurs maladies diminuer peu à peu. Bien évidemment cette vision des choses est propre à l’autrice mais c’est très bien mis en place ici.

Enfin, pour ne rien gâcher à ce petit bonheur, on est sur un classique qui a une écriture assez « moderne » et addictive. Un roman que je ne peux que recommander, dès 10 ans !

Drame·Historique

Un grain de moutarde, de Laïla Ibrahim

TitreUn grain de moutarde

AuteurLaïla Ibrahim

EditionAmazon Crossing

Pages317

Prix9,99€

RésuméLisbeth Johnson a grandi dans le Sud des États-Unis, dans la plantation de coton appartenant à sa famille. Jordan Freedman est la fille de Mattie, esclave et nourrice bien-aimée de Lisbeth. Trois ans après la fin de la guerre de Sécession, Lisbeth et Mattie veillent chacune sur leur foyer tandis que Jordan est institutrice et suffragette. Quand Lisbeth est appelée au chevet de son père mourant, elle se rend sans hésiter à la plantation et se retrouve confrontée à sa famille confédérée, qu’elle a trahie en épousant un abolitionniste. Au même moment, Jordan et Mattie reviennent elles aussi à Fair Oaks, afin de soutenir leur famille, toujours victime d’oppressions.

La suite du Crocus jaune remet en scène les familles Johnson et Freedman, qui se trouvent confrontées à l’injustice qui les a toujours séparées, mais aussi à l’amertume et la violence. Lisbeth, Mattie et Jordan trouveront-elles le courage de délivrer leurs proches et de se libérer elles-mêmes du passé ?


Mon avis : 

Après avoir lu Le crocus jaune, j’ai immédiatement enchaîné avec Un grain de moutarde, qui se passe quelques années après.

Jordan a grandi et est maintenant institutrice, Mattie envisage d’aller retrouver sa nièce Sarah en Virginie, et Lisbeth projette d’aller voir son père mourant avec ses enfants. L’occasion pour chaque personnage de repartir sur les traces du passé. Le grand point fort de ce roman est de continuer à montrer les conséquences de l’éducation donnée aux enfants, mais également les conflits générationnels.

Le personnage de Jordan est surement le plus intéressant. Bercée avec l’histoire de sa mère bravant tous les dangers pour s’enfuir et la sauver, elle estime que désormais les Noirs n’ont plus de combat à mener et qu’elle doit combattre pour le droit de vote des femmes. En retournant en Virginie avec sa mère, elle se confronte à la réalité de l’esclavage qu’a vécu Mattie, mais également aux conséquences réelles de l’abolition de l’esclavage. Et tout n’est pas aussi parfait qu’elle le pensait : les droits des Noirs ne sont pas toujours respectés, la guerre de Sécession est encore très présente dans les esprits, et cela se voit aussi au sein de la famille confédérée de Lisbeth. On a des personnages qui ont vécu la guerre de plein fouet et en sont ressortis changés. La défaite des Etats esclavagistes est prégnante et se ressent dans les actions et propos des personnages comme une blessure importante qui retrace bien la réalité de cette période.

Si le premier volume traitait de l’esclavage, celui-ci aborde avec beaucoup de justesse et plus de violence le sujet de la guerre de Sécession et de ses conséquences. J’ai trouvé cet aspect historique très bien traité, c’est moins naïf que le premier tome, tout en restant profondément positif avec le désir de changer les choses et de voir la société évoluer. Pour cela, Laïla Ibrahim n’a pas hésité à mettre en avant des personnages enfantins qui représentent la confiance en l’avenir et permettent d’alléger le propos grâce à leur innocence.

On a là un second tome plus profond que le premier et plus sombre également. Mais l’autrice conserve son côté addictif et plein d’espoir qui fait qu’on ne ressort pas du livre en étant déprimé mais en ayant foi en l’avenir.

Drame·Historique

Le crocus jaune, de Laila Ibrahim

TitreLe crocus jaune

AuteurLaïla Ibrahim

EditionCharleston

Pages256

Prix19,90€

RésuméÀ sa naissance, Lisbeth est enlevée à sa mère pour être confiée à Mattie, une esclave, qui se voit contrainte de se séparer de son propre bébé pour devenir la nourrice de l’enfant. Lisbeth vient d’un monde fait de privilèges et ne comprend pas sa mère, si distante et abattue, ni son père, propriétaire d’esclaves. En grandissant, elle va développer auprès de Mattie une relation intense, qui va influencer leurs vies pendant des décennies. Mais un tel lien entre deux personnes que tout sépare est-il vraiment sans conséquence ?


Mon avis : 

J’avoue, je n’avais absolument pas prévu de lire ce livre. Quand j’ai demandé Un grain de moutarde sur Netgalley, je ne savais absolument pas qu’il s’agissait d’un deuxième tome. Ni une ni deux, j’ai donc commandé Le crocus jaune et je l’ai dévoré en une soirée !

Dans ce roman on va suivre les points de vue de Mattie, une jeune esclave noire « promue » nourrice, et Lisbeth, la fille blanche du planteur. Mattie a du se séparer de son fils Samuel pour aller allaiter sa nouvelle jeune maîtresse, et s’en occuper. On suit ensuite la croissance de cette enfant avec tout ce que ça implique : découverte de l’esclavage, de la différence, de l’abandon, … Laïla Ibrahim, au lieu de se concentrer sur l’histoire des Noirs et de leurs combats, préfère ici mettre l’accent sur les liens d’attache qui existent entre une mère (et je ne parle pas forcément de mère biologique, mais bien de personne qui élève) et son enfant, et sur le fait que personne n’est déterminé à être bon ou mauvais.  

En cela les personnages sont particulièrement intéressants car aucun ne l’est foncièrement, tout dépend de son éducation, de l’amour qu’il a reçu, de la société dans laquelle il évolue. Les relations et notamment la fine ligne entre l’amour et la haine sont particulièrement mises en avant dans les relations filiales. On a Anne, la mère de Lisbeth qui est incapable d’avoir une vraie relation avec sa fille et ne se sent pas vraiment mère tout en souhaitant l’être ; et Mattie, qui se retrouve mère plusieurs fois sans forcément l’avoir souhaité et qui va devoir choisir entre ses enfants pour leur protection (faut-il fuir et quitter Lisbeth ? rester et possiblement condamner Jordan ?).

Le contexte historique est également bien exploité (on a la mention du chemin de fer clandestin, qui favorisait la fuite des esclaves des colonies du sud) avec cette originalité de traiter de l’attachement et non des différences. J’ai cependant trouvé certains passages un peu mièvres ou idéalistes : par exemple tous les Noirs adorent Lisbeth, aucun n’a de ressentiment juste parce qu’elle est blanche ou la fille du maître, ce qui serait légitime.

Malgré ce petit défaut j’ai adoré ma lecture, c’était addictif et profondément positif !

Drame·Historique·Romance

Trilogie Maorie T.2 : A l’ombre de l’arbre kauri, de Sarah Lark

TitreA l’ombre de l’arbre kauri

AuteurSarah Lark

EditionArchipoche

Pages734

Prix8,90€

Résumé : Nouvelle-Zélande, 1875. Lizzie et Michael espèrent un jour posséder leur propre domaine. Mais ce rêve est soudain assombri par la disparition de leur fille adoptive, kidnappée par un chef maori.Pendant que Michael se démène pour retrouver sa fille, Kathleen – son ancienne fiancée – reçoit une bonne nouvelle : son fils Colin rentre au pays. Or, nul ne mesure les conséquences de ce retour pour les deux familles…Prenant pour toile de fond les paysages grandioses de Nouvelle-Zélande, Sarah Lark fait la part belle a ses héroïnes, et au combat qu’elles mènent pour conquérir liberté et indépendance.


Mon avis : 

J’avais adoré Les rives de la terre lointaine, qui racontait l’arrivée de Kathleen, Lizzie et Michael en Nouvelle-Zélande, j’ai un peu moins aimé suivre leurs enfants.

Dans ce deuxième volume, Colin, le fils voleur et mauvais de Kathleen revient en Nouvelle-Zélande, tandis que Matariki, la fille de Lizzie et Michael redécouvre ses racines maories. A ces personnages s’ajoutent Heather, la fille de Kathleen, qui prend sous son aile Violette, une enfant irlandaise immigrée avec son père alcoolique. On suit donc quatre personnages principaux avec leurs joies et leurs malheurs, qui se croisent et se recroisent, comme toujours dans les romans de Sarah Lark. Si j’ai un peu moins apprécié ce deuxième tome c’est parce que je lui ai trouvé moins d’aventures et de rebondissements que dans le premier, je m’attendais à beaucoup des événements qui se sont produits et je n’ai donc pas eu l’effet de surprise.

En revanche, il faut souligner l’importance du contexte historique ici, peut-être encore plus que dans Les rives de la terre lointaine car on assiste à la colonisation complète de la Nouvelle-Zélande, aux conflits avec les maoris et aux croyances indigènes. Cette partie du roman était proprement passionnante, on sent que l’autrice s’est documentée et on a peine à déceler le réel de la fiction. De plus, il faut aussi souligner la présence d’un personnage homosexuel et c’est vraiment bien de montrer que l’homosexualité a toujours existé et n’est pas propre à notre société moderne. 

Les personnages sont comme d’habitude si bien décrits dans leur caractère et leur histoire qu’il est difficile de ne pas s’y attacher (hormis Colin qui est un pourri du début à la fin). Mon petit coup de coeur va à Violette qui essaie de s’en sortir malgré les difficultés de sa vie, et à Heather qui nous montre la vivacité de la vie artistique à l’époque, notamment en Europe. J’ai eu un peu plus de difficultés avec Matariki car son indécision me tapait sur le système, mais en même temps comment ne pas la comprendre ? Mi Pakeha, mi maorie, elle doit trouver sa place et découvrir qui elle est réellement.

Sarah Lark a encore une fois réussi à m’embarquer en Nouvelle-Zélande, à mettre en avant des femmes fortes et à me captiver sur près de 800 pages. Il me tarde de lire le dernier tome de cette trilogie, avec la belle édition collector qui sortira surement en décembre !

Drame·Erotique·Historique·Romance

FéminiBooks Jour 25 : Libre d’aimer, d’Olivier Merle

TitreLibre d’aimer

AuteurOlivier Merle

EditionXO Editions

Pages464

Prix19,90€

RésuméJuillet 1942.
Elle s’appelle Esther, elle a vingt ans, elle est juive.
Ses parents ont été arrêtés, elle erre dans les rues de Paris, perdue et terrifiée. Alors qu’elle se repose sur un banc, son regard croise celui d’une femme élégante, plus âgée qu’elle, qui fume de longues cigarettes à la terrasse d’un café. Esther ne le sait pas encore mais sa rencontre prochaine avec Thérèse Dorval, l’épouse d’un homme cynique et violent qui collabore avec les Allemands, va bouleverser sa vie.


Mon avis : 

A l’occasion du Feminibooks lancé par Carnets d’Opalyne, qui consiste à publier une vidéo ou un article autour des femmes pendant le mois de mars, j’ai choisi de vous parler de Libre d’aimer : l’histoire de deux femmes pendant la Seconde Guerre Mondiale.

Libre d’aimer parle de deux femmes amoureuses qui doivent surmonter de nombreux obstacles pour s’aimer à cette époque : la Shoah, les différences sociales, l’homophobie (rappelons que l’homosexualité est dépénalisée depuis 1791 mais est l’objet de législations discriminantes à propos de la majorité sexuelle jusqu’en 1982), et bien sur la guerre.

C’est une relation qui m’a parfois semblée malsaine avec un côté très paternaliste de la part de Mme Dorval envers Esther, presque possessif et infantilisant. Heureusement, par la suite cela change et on voit les personnages évoluer : Esther s’affirme et Mme Dorval se rend compte des réalités de la guerre et de sa condition de privilégiée jusque là. Pour autant, la guerre et ses conséquences sont reléguées au second plan de l’histoire, laissant pleine place à la condition des femmes de l’époque.

Loin d’une histoire classique de résistance ou de vie quotidienne sous l’Occupation, Olivier Merle met en scène des aspects peu décrits dans la littérature : le lesbianisme au début du XXe siècle, avec tout ce que ça implique. Je parle ici du mouvement des garçonnes, né dans les années 1920, à la suite de la Première Guerre Mondiale. Certaines femmes revendiquent alors une égalité avec les hommes et cela passe par le port du pantalon comme arme politique (pour rappel, la législation française interdisait aux femmes de porter un pantalon…jusqu’en 2012 ! Même si cette loi n’était plus appliquée bien avant 2012). Elles veulent l’égalité politique mais également sexuelle et c’est ce qu’on voit dans ce roman. Car Mme Dorval initie Esther au saphisme mais également aux clubs où se rencontrent des femmes homosexuelles, des garçonnes et autres. Avec elles, on découvre le risque que les femmes prennent à être différentes et à souhaiter l’égalité en la revendiquant par leurs habits, dans lesquelles elles sont jugées comme « travesties ».

Outre ce sujet des garçonnes, le roman aborde également celui du traitement des femmes comme « éternelles mineures » de leur père puis de leur mari. Le personnage de Mme Dorval en est l’exemple même : mariée pour l’intérêt de son père puis soumise à un mari parfois violent. Quand enfin elle se révolte, elle est sans cesse ramenée à son statut d’épouse et à son devoir de femme mariée de rester auprès de M. Dorval. Une situation qui fait mal au coeur et ne peut que faire monter des larmes de rage aux lectrices.

J’ai beaucoup apprécié ma lecture. J’aurai aimé que la guerre soit plus présente, mais je sais que ce n’était pas l’objectif du roman, où l’auteur souhaitait plutôt se concentrer sur la vie des femmes de l’époque.


Vous pouvez retrouver plus d’informations sur les garçonnes dans ce titre de mon ancienne prof d’Université :

  • Les garçonnes : Modes et fantasmes des Années Folles, de Christine Bard, Flammarion, 1998.

Et vous pouvez également retrouver la vidéo du FeminiBooks d’hier, proposée par Karine – La Bouquineuse !