Fantasy·Drame·Coup de coeur·Réécriture

Wicked, de Gregory Maguire

TitreWicked : la véritable histoire de la Méchante Sorcière de l’Ouest

AuteurGregory Maguire

EditionBragelonne

Pages496

Prix20€

RésuméDans Le Magicien d’Oz, Dorothée triomphe de la Méchante Sorcière de l’Ouest. Mais nous n’avions que cette version de l’histoire…Qui est vraiment cette mystérieuse sorcière ? Est-elle donc si méchante ? Comment a-t-elle hérité de cette terrible réputation ? Et si c’était elle, la véritable héroïne du monde d’Oz ? Ouvrez ce livre et vous découvrirez enfin la merveilleuse et terrible vérité. Quels que soient vos souvenirs de ce chef-d’œuvre qu’est Le Magicien d’Oz, vous serez passionné et touché par le destin incroyable de cette femme au courage exceptionnel. Entrez dans un monde fantastique si riche et si vivant que vous ne verrez plus jamais les contes de la même manière…


Mon avis : 

J’ai toujours adoré le film du Magicien d’Oz et toujours rêvé de voir la comédie musicale Wicked. Quand j’ai appris que ce roman était une réécriture du classique de L. Frank Baum et à l’origine du succès de Broadway, il était impossible que je passe à côté !

Wicked raconte l’histoire de la Méchante Sorcière de l’Ouest, Elphaba, de sa naissance à sa mort, tuée par la petite Dorothée Gale. On découvre alors le monde d’Oz d’une toute autre manière, loin de la vision étriquée et biaisée de Dorothée, et c’est un monde profondément politique où la magie a finalement peu de poids face à la science. Elphaba, loin d’avoir toujours été une méchante sorcière, est une femme intelligente et révoltée par le devenir de son pays dirigé par l’usurpateur qu’est le magicien. Parmi les thématiques abordées, on y retrouve des problèmes liés à la religion, à la place des femmes dans la société, et au racisme : après tout, pourquoi les mondes imaginaires devraient-ils échapper aux problèmes de nos sociétés actuelles ? Gregory Maguire a pour moi écrit un chef d’oeuvre car tout est crédible et une fois le livre refermé, il est impossible de ne pas penser que ce roman est la réelle histoire du monde d’Oz.

Pour autant, n’allez pas croire qu’Elphaba est glorifiée et exempte de défauts, ou encore que tout ses méfaits ont été inventés. Elphaba est une femme dure, avec un caractère bien trempée et une certaine idée de la justice, qui peut friser la violence. En ayant à coeur le bien commun, elle est prête à tout, même à blesser les autres et elle-même. C’est le portrait d’une révolutionnaire, d’une savante et d’une femme que fait l’auteur : avec tous ses bons et ses mauvais côtés, ses désirs et ses peurs. Le tout est criant de vérité.

Aux côtés d’Elphaba, on retrouve bien évidemment Glinda la bonne fée, Nessarose la Méchante Sorcière de l’Est et l’odieux Magicien d’Oz. Les rapports sont inversés et c’est captivant de découvrir la face cachée de ceux que l’on pense connaître depuis l’enfance. Glinda se révèle naïve et obsédée par la beauté et elle-même ; on découvre Nessarose (qui est à peine évoquée dans le film et le livre original) et surtout, on découvre que le magicien d’Oz est un usurpateur plus grand que ce que l’on pensait. Un homme qui a prit le pouvoir de force pour instaurer son culte de la personnalité et mettre les royaumes à ses pieds.

J’ai absolument tout aimé dans ce roman, c’est une révélation aussi bien qu’un coup de coeur. Si vous avez aimé Le Magicien d’Oz, lisez-le, ça vous ouvrira une nouvelle dimension de cette oeuvre !

Attention tout de même, contrairement au conte original, nous sommes bel et bien dans un livre pour adultes ici, où la violence et la sexualité ne sont pas édulcorés. Ce roman, bien que je le conseille à tous et à toutes, n’est pas à mettre dans les mains d’enfants.

Contemporain·Coup de coeur·Drame·Religion

Bénie soit Sixtine, de Maylis Adhémar

Titre : Bénie soit Sixtine

AuteurMaylis Adhémar

EditionJulliard

Pages304

Prix : 19€

RésuméSixtine, jeune femme très pieuse, rencontre Pierre-Louis, en qui elle voit un époux idéal, partageant les mêmes valeurs qu’elle. Très vite, ils se marient dans le rite catholique traditionnel et emménagent à Nantes. Mais leur nuit de noces s’est révélée un calvaire, et l’arrivée prochaine d’un héritier, qui devrait être une bénédiction, s’annonce pour elle comme un chemin de croix. Jusqu’à ce qu’un événement tragique la pousse à ouvrir les yeux et à entrevoir une autre vérité.


Mon avis : 

Alors qu’on parle régulièrement des dérives de la religion musulmane, j’ai trouvé intéressant d’avoir un roman sur les dérives des extrémistes catholiques. Car Sixtine fait partie d’un groupe appelé Les Frères de la Croix, des traditionnalistes jugés sectaires. Mais ayant toujours été élevée dans leurs croyances, Sixtine ne le voit pas, jusqu’à ce qu’elle devienne mère, et s’interroge sur les dérives de cette branche : le sexisme, l’éducation des enfants, l’embrigadement très jeune, … Autant de préceptes qu’elle refuse et dont elle veut désormais s’affranchir en s’enfuyant.

J’ai trouvé l’histoire très bien menée car on prend conscience de la force de persuasion de ces milieux, et de leur pouvoir sur celles et ceux qui tentent de s’en affranchir. Sixtine est une jeune femme extrêmement courageuse, qui doit réapprendre à vivre hors de la secte, comme si elle découvrait le monde pour la première fois. La suivre avant et tout au long de cette renaissance a été un plaisir. Pour protéger son fils, elle est prête à tout : se cacher, mentir, s’isoler… Elle apprend à être mère en même temps qu’être elle-même et ne lâche rien. Au long de son parcours, on voit les cas de conscience et les interrogation de notre héroïne : ce qu’elle fait est-il bien par rapport à la religion ? Car bien que souhaitant s’émanciper de la doctrine sectaire, Sixtine ne remet pas sa foi en cause et il est intéressant de voir l’adéquation des messages religieux avec le parcours d’une femme aujourd’hui.

Malgré son sujet difficile, le roman ne tombe jamais dans le sombre et la violence extrême. Le message est avant tout un message d’espoir et d’émancipation. A l’instar de Sixtine, si on commence le roman avec une impression de suffocation, on a peu à peu l’impression de respirer jusqu’à la fin qui est pareille à un grand souffle d’air. Je compte bien conseiller ce roman autant que possible tant il m’a marquée.

Drame·Historique

Aria, de Nazanine Hozar

TitreAria

AuteurNazanine Hozar

EditionStock

Pages : 516

Prix24€

Résumé : Téhéran, 1953. Par une nuit enneigée, Behrouz, humble chauffeur de l’armée, entend des pleurs monter d’une ruelle. Au pied d’un mûrier, il découvre une petite fille aux yeux bleus, âgée de quelques jours à peine. Il décide de la ramener chez lui, bouleversant ainsi sa vie et celle de l’enfant, qu’il prénomme Aria. De ses premiers pas dans les quartiers Sud de Téhéran aux grilles du très chic lycée Razi, trois figures maternelles façonneront l’existence de l’indomptable Aria : la cruelle Zahra — femme de Behrouz —, la riche veuve Ferdowsi et la mystérieuse Mehri.


Mon avis : 

Cette Rentrée Littéraire 2020 aura vraiment été celle des titres aux sujets forts, et souvent féminins. Aria n’échappe pas à la vague.

Ce récit nous raconte l’histoire d’Aria, une petite fille aux yeux bleus, signe du diable, recueillis par Behrouz dans les rues de Téhéran. Elle va grandir, au milieu de ce pays en plein bouleversement politique, et tentera de se faire une place, sous l’égide des trois femmes qui marqueront sa vie. Ne vous attendez pas à un roman joyeux, car Aria a un vie difficile, en tant que femme et en tant que personne aux yeux bleus. La violence, de sa mère et des autres, est son quotidien. Et au coeur de cette violence, les changements politiques et religieux de l’Iran, qui passe de la dictature moderniste du Shah à celle religieuse de l’ayatollah Khomeini. Cet événement est évoqué de manière allusive, car Aria ne s’y intéresse que peu, mais c’est assez mis en avant pour donner envie aux lecteur.ice.s de se renseigner sur le sujet. A titre personnel, j’ai découvert un pan de l’Histoire que je ne connaissais pas du tout.

Au cours du roman, la place des femmes est importante car c’est entourée de femmes qu’Aria va grandir. Cette petite fille, abandonnée par sa mère biologique, n’aura de cesse que de chercher un substitut dans les différentes femmes qu’elle rencontrera, même lorsqu’elles sont cruelles comme Zahra. Que ce soit Zahra la cruelle, Ferdowsi la riche silencieuse ou Mehri la mère invisible, chacune participe à construire Aria, à en faire une femme forte et indépendante. Car Aria est un personnage singulier, elle a une vision du monde bien à elle. On referme le roman en se demandant comment elle évoluera par la suite et il est impossible de réellement le savoir.

Le tout est porté par une très belle plume, qui montre toute la dureté mais aussi la beauté du monde. Ce roman est très dur mais également sublime.

Contemporain·Coup de coeur·Drame

Chavirer, de Lola Lafon

TitreChavirer

AuteurLola Lafon

EditionActes Sud

Pages344

Prix20.50€

Résumé1984. Cléo, treize ans, qui vit entre ses parents une existence modeste en banlieue parisienne, se voit un jour proposer d’obtenir une bourse, délivrée par une mystérieuse Fondation, pour réaliser son rêve : devenir danseuse de modern jazz. Mais c’est un piège, sexuel, monnayable, qui se referme sur elle et dans lequel elle va entraîner d’autres collégiennes. 2019. Un fichier de photos est retrouvé sur le net, la police lance un appel à témoins à celles qui ont été victimes de la Fondation.
Devenue danseuse, notamment sur les plateaux de Drucker dans les années 1990, Cléo comprend qu’un passé qui ne passe pas est revenu la chercher, et qu’il est temps d’affronter son double fardeau de victime et de coupable. Chavirer suit les diverses étapes du destin de Cléo à travers le regard de ceux qui l’ont connue tandis que son personnage se diffracte et se recompose à l’envi, à l’image de nos identités mutantes et des mystères qui les gouvernent.


Mon avis : 

Surement un des romans qui a le plus fait parler de lui lors de cette rentrée littéraire 2020, en grande partie à cause de son sujet : les réseaux pédophiles. C’est un sujet qui fait un écho glaçant à l’affaire Epstein.

Cléo n’a que douze ans quand elle est abordée par une femme qui lui parle de la Fondation Galatée et l’entraine à devenir recruteuse à son tour. Mais à douze ans, Cléo ne sait pas la gravité de ce qu’elle fait ça la hantera tout au long de sa vie. Car sans le savoir, elle recrute parmi ses amies, des victimes pour un réseau pédophile.

Le texte est dur, certains passages sont immondes, le tout est porté par la culpabilité sans fin de Cléo. A travers elle mais aussi les personnes qui l’ont connue au cours de sa vie, on retrace son parcours jusqu’à l’absolution offerte par les témoignages lors de l’enquête sur la fondation. Ce roman est un coup de poing dans le ventre. On y découvre ou redécouvre la dureté du milieu de la danse, la passion dévorante qui anime les danseur.se.s qui sont prêt.e.s à tout pour réussir. L’autrice nous montre les biais de manipulation des réseaux pédophiles, la sélection des profils de victimes, la culpabilisation constante alliée à une valorisation des enfants. 

Cléo est un personnage particulier, qui nous touche tout en nous rebutant. Car elle est aussi bourreau que victime. Parfois égoïste, elle s’enferme dans un monde rongé par la culpabilité. Je n’arrive pas à mettre des mots assez forts sur ce qu’elle m’a fait ressentir tant ce livre m’a chamboulée.

Lola Lafon nous décrit tout cela avec une plume incisive et en même temps plein de pudeur pour les violences sexuelles dont sont victimes ces jeunes filles. La narration qui parait décousue dans les premières pages, révèle son sens sur les dernières phrases et achève un tableau à la fois triste et plein d’espoir de pardon pour chacune.

Adaptation·Drame·Historique·Mythologie·Réécriture·Romance

Le chant d’Achille, de Madeline Miller

TitreLe chant d’Achille

AuteurMadeline Miller

EditionPocket

Pages480

Prix8.10€

RésuméPatrocle, jeune prince maladroit, part en exil à la cour du roi Pélé. Il y rencontre Achille, son exact contraire, doué pour tout ce qu’il entreprend. Malgré leurs différences, les deux jeunes hommes deviennent inséparables. Le destin les mènent à la guerre de Troie. La violence des Dieux et des hommes fera de leur histoire un drame.


Mon avis : 

Achetée il y a plus d’un an après l’avoir vue en long, en large et en travers sur la blogosphère, j’ai enfin sorti cette réécriture du mythe d’Achille pendant mes vacances !

Avec mes études classiques, je connais très bien le mythe d’Achille, la guerre de Troie et l’Iliade ; j’attendais donc beaucoup de cette revisite, et je n’ai pas été déçue ! Madeline Miller nous raconte l’histoire d’Achille du point de vue de Patrocle, son compagnon d’armes… et plus que ça. Si la relation entre Achille et Patrocle a bien souvent amené à des plaisanteries graveleuses et à un soupçon d’homosexualité, c’est parce qu’il y a de grandes chances qu’ils aient été amants. L’autrice nous dévoile leur relation, de leur rencontre à leur décès. Sous l’oeil de Patrocle, Achille se révèle plus humain, on comprend mieux ses décisions et ses actes, loin de l’orgueil démesuré raconté par Homère.

Les personnages de Patrocle et Achille ont une psychologie intéressante car ils ne sont pas parfaits : maladroits, guidés par leur éducation, la pression parentale, … Le traitement d’Achille est le plus intéressant car en voyant sa relation avec son amant, on comprend mieux ses décisions, notamment par rapport à Briséis. La fin est proprement déchirante et on sent bien la dimension tragique qui mène les héros à leur perte, quoi qu’ils fassent. 

Le tout est porté par la narration fluide et passionnée de l’amour que les deux garçons se portent. A-t-on vu relation plus tendre et profonde que la leur ? On se laisse transporter sans efforts dans la Grèce Antique et je suis ressortie du roman en ayant envie de relire l’Iliade (chose qui ne m’arrive jamais évidemment).

Contemporain·Drame

Le secret de Mona, de Patrick Bard

TitreLe secret de Mona

AuteurPatrick Bard

EditionSyros

Pages176

Prix15,95€

RésuméPendant des mois, Mona s’est efforcée d’être invisible aux yeux de tous, de s’effacer. Mais le jour où son petit frère a été pris d’une forte fièvre, elle a dû le conduire en urgence à l’hôpital. Sans cela, cette histoire aurait pu ne jamais commencer. Mona n’aurait pas grillé ce stop, les gendarmes ne l’auraient pas arrêtée. Quand ils ont découvert une fille un peu trop jeune au volant, ils ne savaient rien encore du secret de Mona.

 


Mon avis : 

Quand j’ai découvert Patrick Bard avec Et mes yeux se sont fermés, j’ai eu un coup de coeur pour sa plume et sa manière de traiter des sujets sensibles. J’ai retrouvé ça, sans le coup de coeur, avec Le secret de Mona.

La narration se fait avec plusieurs points de vue, à la manière d’un rapport d’enquête policière, on y suit Mona, les enquêteurs, les témoins, … Car quand Mona grille un stop en voiture, les policiers ont des soupçons : la jeune fille semble s’occuper seule de son petit frère, est mineure et roule sans permis. Où est donc passée la mère ? En formation au Mans comme l’indique Mona ? C’est la question qui reviendra tout au long du roman. Patrick Bard a un don pour mener une intrigue, entraîner le lecteur dans une direction avant de le surprendre par un revirement. Moi qui pensait avoir vu venir la chose, j’ai été agréablement surprise d’être mise face à mon erreur.

Avec ce roman pour adolescents, il raconte le rôle des aînés qui doivent faire office de parents trop tôt, l’absentéisme des vrais parents et le processus psychologique du déni. La narration sous forme d’enquête induit le lecteur en erreur et maintient un véritable suspense jusqu’à la fin. Il interroge aussi sur le système français de protection de l’enfant et la séparation des fratries lors des placements en famille d’accueil. Ce sont des sujets sur lesquels j’avais eu peu l’occasion de lire et que j’ai trouvé très intéressants.

Le personnage de Mona, avec son franc parler qui peut choquer parfois, est crédible jusqu’au bout des doigts : une adolescente mature avant l’heure, angoissée à l’idée de perdre son frère et sur le qui-vive constant. Quant aux policiers, ils ne sont ni bons ni mauvais : sévères quand ils doivent l’être, mais compréhensifs quand il le faut, on est loin d’une caricature de bon flic/mauvais flic et ça fait du bien.

Pourquoi n’est-ce pas un coup de coeur alors ? Parce que même si Mona est un personnage très crédible, j’ai eu beaucoup de mal avec son style d’expression, et ça m’a bloquée pour entrer dans l’histoire aussi facilement que je le souhaitais. Cependant, Le secret de Mona est un très bon roman ado, dur parfois, mais très intéressant.

BD·Coup de coeur·Documentaire·Drame·Historique

La Bombe, de Alcante & L.F. Bollée & Denis Rodier

TitreLa Bombe

AuteursAlcante, L. F. Bollée et Denis Rodier

EditionGlénat

Pages472

Prix39€

RésuméLe 6 août 1945, une bombe atomique ravage Hiroshima. Des dizaines de milliers de personnes sont instantanément pulvérisées. Et le monde entier découvre, horrifié, l’existence de la bombe atomique, première arme de destruction massive. Mais dans quel contexte, comment et par qui cet instrument de mort a-t-il pu être développé ? Véritable saga de 450 pages, ce roman graphique raconte les coulisses et les personnages-clés de cet événement historique qui, en 2020, commémore son 75e anniversaire. Des mines d’uranium du Katanga jusqu’au Japon, en passant par l’Allemagne, la Norvège, l’URSS et le Nouveau-Mexique, c’est une succession de faits incroyables mais vrais qui se sont ainsi déroulés. Tous ceux-ci sont ici racontés à hauteur d’hommes : qu’ils soient décideurs politiques (Roosevelt, Truman), scientifiques passés à la postérité (Einstein, Oppenheimer, Fermi…) ou acteurs majeurs demeurés méconnus, tels Leó Szilàrd (le personnage principal de cet album, un scientifique qui remua ciel et terre pour que les USA développent la bombe, puis fit l’impossible pour qu’ils ne l’utilisent jamais), Ebb Cade (un ouvrier afro-américain auquel on injecta à son insu du plutonium pour en étudier l’effet sur la santé) ou Leslie Groves (le général qui dirigea d’une main de fer le Projet Manhattan) – sans oublier, bien sûr, les habitants et la ville d’Hiroshima, reconstituée dans La Bombe de manière authentique.


Mon avis : 

La Bombe est une BD documentaire d’une profondeur et d’une précision incroyables. Son épaisseur et son poids le prouvent, mais même si ça peut faire peur, l’ouvrage mérite d’être lu !

L’histoire de la bombe atomique, des prémices de sa création jusqu’à son utilisation est racontée dans le moindre détail. Les auteurs alternent le point de vue de la bombe qui apparaît tel un prédateur ; et un point de vue narratif plus neutre pour raconter l’histoire. Même si j’ai pu avoir quelques difficultés au début de ma lecture avec la profusion d’informations scientifiques et de personnages, j’ai été captivée à partir d’un tiers de l’ouvrage.

Les auteurs y abordent les aspects aussi bien scientifiques que politiques dans le détail. On y découvre comment la bombe a été fabriquée et pourquoi. Comment elle est passée d’un objectif dissuasif face à l’Allemagne nazie, à une arme contre les Japonais ; la manière dont l’armée a récupéré le projet et le secret qui l’entourait, … Mais outre la bombe en tant que telle, cette bande-dessinée va plus loin en racontant également les essais de plutonium que les Américains ont mené sur des personnes non consentantes pour en tester les effets. Chaque page est l’occasion de découvrir de nouveaux éléments sur un sujet qu’on résume bien trop vite à Hiroshima et Nagasaki alors qu’il est si vaste.

J’ai été de découvertes en découvertes, aussi macabres soient-elles, avec des planches en noir et blanc qui accentuent le sérieux du sujet. La narration fait de la bombe une marionnettiste qui se joue des humains et c’en est glaçant, surtout lorsqu’on lit les dernières lignes sur la puissance nucléaire aujourd’hui…

Cette bande-dessinée est un coup de poing, véritable documentaire accessible à tou.te.s il est à mettre dans toutes les bibliothèques !

Biographie·Contemporain·Coup de coeur·Drame

Moi j’embrasse, de Clément G.

TitreMoi, j’embrasse

AuteurClément Grobotek

EditionPlon

Pages188

Prix16€

RésuméLoin des clichés, un escort-boy se livre à coeur et à visage découverts A son réveil, sur un lit d’hôpital, la sentence tombe : overdose. La drogue, il le sait, fait partie des risques du métier. Clément est escort. Il vend son temps, sa compagnie, son corps. Ses clients : des hommes aisés, cultivés, qu’il rejoint dans les clubs select ou les appartements cossus de la capitale. Nombreux sont les jeunes de son âge qui se décident à emprunter cette voie. L’escorting est pour eux un moyen de gagner de l’argent rapidement, tout en poursuivant leurs études. Ce qu’ils ignorent, c’est que le sexe n’est qu’un des ingrédients de la fête. La drogue, omniprésente, doit être consommée. Pour beaucoup, il devient rapidement impossible de s’en passer. Clément s’est trouvé aux premières loges d’un phénomène de société qui se déroule à l’abri des regards. Il livre un témoignage inédit sur la prostitution de luxe.
Une activité à laquelle rien ne prédestinait cet ancien militaire aujourd’hui reconverti dans le mannequinat.


Mon avis :

Ça fait plusieurs mois que je suis Clément sur Twitter, à la fois pour ses tatouages, son humour et ses prises de position militantes. Quand j’ai vu qu’il avait sorti un livre, je l’ai immédiatement acheté en ebook et lu le soir même.

Il y révèle son passé d’escort à Paris. Car avant d’être mannequin et tatoueur, il a été militaire puis mannequin et escort pour gagner sa vie. Il témoigne dans ce livre de ce milieu particulier où l’argent rentre facilement, le luxe est monnaie courante et cache la réalité sous des dehors glamours. Cette réalité, c’est celle de la prostitution de luxe, pour hommes. En témoignant de ce milieu, Clément témoigne aussi d’une fuite en avant dans sa vie : il ne sait plus ce qu’il veut faire et l’escorting semble plus facile pour vivre et se faire aimer. Mais tout n’est qu’apparences et quand la « vraie vie » le rattrape, elle frappe dur avec des overdoses et une lassitude intense.

Le sous-titre du livre se veut provocateur mais le livre ne dévoile rien qu’on n’imagine déjà sur ce milieu particulier. On voit surtout l’évolution d’un jeune homme homosexuel qui se cherche, comme beaucoup avant lui. Il met en avant l’homophobie de l’armée, la drogue et l’alcool qui coulent à flots dans les milieux parisiens aisés, la précarité des jeunes mannequins, … L’escorting n’est qu’un épisode parmi d’autres de sa vie qu’il raconte au fur et à mesure des chapitres.

Ce roman court est d’une puissance incroyable, il m’était impossible de le lâcher, captivée par la plume de Clément. L’ordre des chapitres m’a parfois perturbée, me donnant une impression de narration décousue, mais le tout s’imbrique finalement parfaitement.

Drame·Historique·Polar·Romance

Le pensionnat de Catherine, de Florence Roche

Titre : Le pensionnat de Catherine

Auteur Florence Roche

EditionPresses de la Cité

Pages299

Prix20€

RésuméA la mort de sa mère adoptive, Samuel, jeune professeur, apprend qu’il a été recueilli en mai 1943, non loin de la frontière suisse où un réseau de passeurs aidait les Juifs à fuir. Il commence une enquête à Annecy, épluche la presse, interroge, pour obtenir une vérité terrible : des réfugiés étaient abattus dans un chalet des alpages. Lardener, riche notable, aurait trempé dans ce trafic avant d’être assassiné à la fin de la guerre. En Haute-Loire, Camille travaille dans le pensionnat pour jeunes filles tenu par sa mère, Catherine Sforza, veuve. Un jour, se présente une nouvelle enseignante, Miss Rawelle. Elle a une vive altercation avec Catherine, qui feint de ne pas la reconnaître. L’enseignante lui hurle alors qu’elle connaît son véritable nom, Lardener, et la vérité sur ses activités pendant la guerre. Dans la nuit, Miss Rawelle est défenestrée. Samuel et Camille vont se trouver par hasard dans les ruines du chalet des anciens passeurs de Juifs. Samuel parce qu’il espère y retrouver la trace de sa mère. Camille pour comprendre qui était vraiment ce Lardener dont elle serait la fille. De rebondissement en rebondissement, tous deux vont percer le mystère de leurs parents et, surtout, s’aimer avec passion…


Mon avis :

Les romans du « terroir » (intrigue souvent romantique et pendant la guerre, se passant en France) sont une institution en médiathèque : les personnes âgées les adorent, surtout en milieu rural. N’en ayant jamais lu, je me suis penchée sur celui-ci avec quelques a priori, mais j’en suis ressortie très agréablement surprise.

L’histoire est l’enquête de Samuel et Camille pour découvrir la vérité sur leurs origines : qui étaient les passeurs véreux qui ont tué la mère de Samuel ? Quel secret cache la mère de Camille ? Quel est leur lien ? Sur fonds de Seconde Guerre Mondiale, Florence Roche met en place une enquête haletante où il est impossible de deviner la fin tant elle nous entraîne de surprise en surprise ! Chaque chapitre apporte son lot de révélations pour tenir le lecteur en haleine. Ma seule déception concernant le livre tient à la romance entre Samuel et Camille, que j’ai trouvée trop rapide pour être crédible. Leurs sentiments semblaient exagérés et l’intrigue principale était trop captivante pour ne pas avoir envie de la poursuivre en sautant les scènes romantiques.

Chaque personnage est bien décrit et a son propre caractère, non stéréotypé : Catherine, la mère de Camille est une femme froide qui a tout fait pour réussir dans une époque où les femmes avaient encore peu de droits ; Samuel est un jeune homme qui sait montrer ses faiblesses et les traumatismes de son enfance ; Camille se révèle plus débrouillarde qu’on ne pourrait le penser. Il n’y a guère que le meurtrier qui m’ait un peu déçue car il est le stéréotype de l’homme mauvais, avec du pouvoir, qui aime les femmes et l’argent.

Le tout est porté par une plume addictive et un maniement du suspense parfait qui vous empêchera de dormir sans savoir la fin du roman !

Drame·Historique

La commode aux tiroirs de couleur, d’Olivia Ruiz

TitreLa commode aux tiroirs de couleur

AuteurOlivia Ruiz

EditionJC Lattès

Pages197

Prix19.90€

RésuméA la mort de sa grand-mère, une jeune femme hérite de l’intrigante commode qui a nourri tous ses fantasmes de petite fille. Le temps d’une nuit, elle va ouvrir ses dix tiroirs et dérouler le fil de la vie de Rita, son Abuela, dévoilant les secrets qui ont scellé le destin de quatre générations de femmes indomptables, entre Espagne et France, de la dictature franquiste à nos jours. La commode aux tiroirs de couleurs signe l’entrée en littérature d’Olivia Ruiz, conteuse hors pair, qui entremêle tragédies familiales et tourments de l’Histoire pour nous offrir une fresque romanesque flamboyante sur l’exil.


Mon avis :

Olivia Ruiz est connue pour ses textes poétiques et son timbre de voix bien particulier. Selon moi, les chanteurs font souvent de bons romanciers car ils ont une plume particulière. J’étais très curieuse de voir si j’allais retrouver la même poésie dans son roman que dans ses chansons.

Elle écrit un roman assez personnel puisqu’il est très fortement inspiré de la vie de sa grand-mère. Ici, Rita a fui l’Espagne et le régime de France pour venir en France où elle découvre malheureusement les préjugés et la discrimination. Elle doit se reconstruire à dix ans : doit-elle être Française ou assumer d’être Espagnole ? Un mélange des deux ? Que représente l’Espagne et ses combats pour elle ? C’est sa vie que découvre sa petite-fille à travers les textes laissés par Rita dans la commode aux tiroirs de couleur qu’elle lui a légué.

L’histoire est à l’image de Rita : flamboyante, pleine de révoltes, et d’amour familial. On découvre un pan de l’Histoire peu relayé dans la littérature, celui des Espagnols exilés en France. Rita est une femme courageuse qui se cherche pendant longtemps, oscille entre envie de s’intégrer et révolte permanente, désir de stabilité et besoin d’aventure permanent. C’est un personnage dont on ne peut pas approuver tous les choix mais auquel on s’attache malgré tout car elle est profondément humaine et vit ses émotions et sa vie à 200%.

Ma seule déception vient de la plume, je crois que j’en attendais trop. Je n’y ai pas retrouvé la poésie que j’espérais et de ce fait, l’écriture m’a semblé sans reliefs. Ce court roman est très intéressant et se lit facilement, mais j’en attendais un peu plus.