Contemporain·Coup de coeur·Drame

Chavirer, de Lola Lafon

TitreChavirer

AuteurLola Lafon

EditionActes Sud

Pages344

Prix20.50€

Résumé1984. Cléo, treize ans, qui vit entre ses parents une existence modeste en banlieue parisienne, se voit un jour proposer d’obtenir une bourse, délivrée par une mystérieuse Fondation, pour réaliser son rêve : devenir danseuse de modern jazz. Mais c’est un piège, sexuel, monnayable, qui se referme sur elle et dans lequel elle va entraîner d’autres collégiennes. 2019. Un fichier de photos est retrouvé sur le net, la police lance un appel à témoins à celles qui ont été victimes de la Fondation.
Devenue danseuse, notamment sur les plateaux de Drucker dans les années 1990, Cléo comprend qu’un passé qui ne passe pas est revenu la chercher, et qu’il est temps d’affronter son double fardeau de victime et de coupable. Chavirer suit les diverses étapes du destin de Cléo à travers le regard de ceux qui l’ont connue tandis que son personnage se diffracte et se recompose à l’envi, à l’image de nos identités mutantes et des mystères qui les gouvernent.


Mon avis : 

Surement un des romans qui a le plus fait parler de lui lors de cette rentrée littéraire 2020, en grande partie à cause de son sujet : les réseaux pédophiles. C’est un sujet qui fait un écho glaçant à l’affaire Epstein.

Cléo n’a que douze ans quand elle est abordée par une femme qui lui parle de la Fondation Galatée et l’entraine à devenir recruteuse à son tour. Mais à douze ans, Cléo ne sait pas la gravité de ce qu’elle fait ça la hantera tout au long de sa vie. Car sans le savoir, elle recrute parmi ses amies, des victimes pour un réseau pédophile.

Le texte est dur, certains passages sont immondes, le tout est porté par la culpabilité sans fin de Cléo. A travers elle mais aussi les personnes qui l’ont connue au cours de sa vie, on retrace son parcours jusqu’à l’absolution offerte par les témoignages lors de l’enquête sur la fondation. Ce roman est un coup de poing dans le ventre. On y découvre ou redécouvre la dureté du milieu de la danse, la passion dévorante qui anime les danseur.se.s qui sont prêt.e.s à tout pour réussir. L’autrice nous montre les biais de manipulation des réseaux pédophiles, la sélection des profils de victimes, la culpabilisation constante alliée à une valorisation des enfants. 

Cléo est un personnage particulier, qui nous touche tout en nous rebutant. Car elle est aussi bourreau que victime. Parfois égoïste, elle s’enferme dans un monde rongé par la culpabilité. Je n’arrive pas à mettre des mots assez forts sur ce qu’elle m’a fait ressentir tant ce livre m’a chamboulée.

Lola Lafon nous décrit tout cela avec une plume incisive et en même temps plein de pudeur pour les violences sexuelles dont sont victimes ces jeunes filles. La narration qui parait décousue dans les premières pages, révèle son sens sur les dernières phrases et achève un tableau à la fois triste et plein d’espoir de pardon pour chacune.

Adaptation·Drame·Historique·Mythologie·Réécriture·Romance

Le chant d’Achille, de Madeline Miller

TitreLe chant d’Achille

AuteurMadeline Miller

EditionPocket

Pages480

Prix8.10€

RésuméPatrocle, jeune prince maladroit, part en exil à la cour du roi Pélé. Il y rencontre Achille, son exact contraire, doué pour tout ce qu’il entreprend. Malgré leurs différences, les deux jeunes hommes deviennent inséparables. Le destin les mènent à la guerre de Troie. La violence des Dieux et des hommes fera de leur histoire un drame.


Mon avis : 

Achetée il y a plus d’un an après l’avoir vue en long, en large et en travers sur la blogosphère, j’ai enfin sorti cette réécriture du mythe d’Achille pendant mes vacances !

Avec mes études classiques, je connais très bien le mythe d’Achille, la guerre de Troie et l’Iliade ; j’attendais donc beaucoup de cette revisite, et je n’ai pas été déçue ! Madeline Miller nous raconte l’histoire d’Achille du point de vue de Patrocle, son compagnon d’armes… et plus que ça. Si la relation entre Achille et Patrocle a bien souvent amené à des plaisanteries graveleuses et à un soupçon d’homosexualité, c’est parce qu’il y a de grandes chances qu’ils aient été amants. L’autrice nous dévoile leur relation, de leur rencontre à leur décès. Sous l’oeil de Patrocle, Achille se révèle plus humain, on comprend mieux ses décisions et ses actes, loin de l’orgueil démesuré raconté par Homère.

Les personnages de Patrocle et Achille ont une psychologie intéressante car ils ne sont pas parfaits : maladroits, guidés par leur éducation, la pression parentale, … Le traitement d’Achille est le plus intéressant car en voyant sa relation avec son amant, on comprend mieux ses décisions, notamment par rapport à Briséis. La fin est proprement déchirante et on sent bien la dimension tragique qui mène les héros à leur perte, quoi qu’ils fassent. 

Le tout est porté par la narration fluide et passionnée de l’amour que les deux garçons se portent. A-t-on vu relation plus tendre et profonde que la leur ? On se laisse transporter sans efforts dans la Grèce Antique et je suis ressortie du roman en ayant envie de relire l’Iliade (chose qui ne m’arrive jamais évidemment).

Fantasy

Le prieuré de l’oranger, de Samantha Shannon

TitreLe prieuré de l’oranger

AuteurSamantha Shannon

EditionDe Saxus

Pages992

Prix24,90€

RésuméLa maison Berethnet règne sur l’Inys depuis près de mille ans. La reine Sabran IX qui rechigne à se marier doit absolument donner naissance à une héritière pour protéger son reinaume de la destruction, mais des assassins se rapprochent d’elle…
Ead Duryan est une marginale à la cour. Servante de la reine en apparence, elle appartient à une société secrète de mages. Sa mission est de protéger Sabran à tout prix, même si l’usage d’une magie interdite s’impose pour cela.
De l’autre côté de l’Abysse, Tané s’est entraînée toute sa vie pour devenir une dragonnière et chevaucher les plus impressionnantes créatures que le monde ait connues. Elle va cependant devoir faire un choix qui pourrait bouleverser son existence.
Pendant que l’Est et l’Ouest continuent de se diviser un peu plus chaque jour, les sombres forces du chaos s’éveillent d’un long sommeil… Bientôt, l’humanité devra s’unir si elle veut survivre à la plus grande des menaces.


Mon avis : 

J’ai acheté ce livre pour fêter ma réussite au concours de la fonction publique il y a 8 mois. Il est donc très spécial pour moi mais je dois avouer que j’ai été un peu déçue par rapport à ce qui m’avait été vanté. Ce roman a pleins de qualités mais il n’est pas la pépite ou le coup de coeur auquel je m’attendais.

L’histoire commence avec le réveil d’un ancien ennemi, le Sans-Nom, qui devrait être empêché si la reine Sabran met au monde une fille. Or, celle-ci n’a aucune intention de se marier et est plus préoccupée par la vie de sa cour. Pendant ce temps-là, Ead fait tout pour la protéger et obéit à une société secrète étrange… De l’autre côté de l’Océan, une jeune fille, Tané, rêve de devenir dragonnière et est prête à tout pour ça, même transgresser les lois… L’intrigue est très complexe et fournie, on sent un réel enjeu politique qu’on met du temps (un peu trop ?) à comprendre. Mais rien de très original pour de la fantasy : un grand méchant se réveille, il faut trouver ce qui permet de le détruire et le vaincre au cours d’une grande bataille finale. On sent très fortement l’influence de Tolkien ici avec les envoyés du méchant, le truc perdu qu’il faut retrouver pour vaincre le méchant, les tentatives d’alliance pour vaincre, …

Les personnages sont en revanche les points forts de l’histoire, je me suis attachée à chacun, homme ou femme, car ils sont loin des clichés habituels du genre. On a des femmes qui se battent et d’autres non, une femme qui règne et d’autres qui servent. Cependant leurs motivations étaient parfois floues, comme Tané. J’aurai aimé plus de développement dans les personnages, plus d’approfondissement dans leur psychologie,… J’ai également aimé que les amitiés hommes-femmes fortes et sans ambiguité soient possibles, car c’est encore trop rare en littérature. En revanche, même si Niclays est un personnage infect, c’est celui qui m’a le plus touché. Il se révèle plus qu’un vieil homme aigri, et il est difficile de ne pas être touchée par son histoire…

L’écriture belle et il est facile de rentrer dedans, mais il y a parfois des problèmes de rythme : on met les 2/3 du roman à comprendre l’intrigue, à avancer les pions doucement, pour que tout soit ensuite réglé en quelques pages. Ça m’a un peu fait pensé à la série TV Game of Thrones où les premières saisons sont très lentes et détaillées avant que le tout soit pressé et presque baclé (notamment la grande bataille finale). L’originalité tient à la complexité des intrigues politiques, à la mythologie mise en place dans cet univers, et à la place faite à la diversité au sein du roman. J’ai déjà parlé des intrigues politiques, mais la mythologie est également poussée, il est juste dommage qu’on ne la découvre réellement qu’à la fin et de manière assez rapide.

Ce roman m’a déçue car je pense que j’en attendais trop, mais on a ENFIN un roman de fantasy avec des personnes racisées, plusieurs types de sexualité et des femmes au pouvoir ! Enfin, j’avais un livre avec plusieurs héroïnes auxquelles m’identifier et pas juste une demoiselle en détresse ou une femme guerrière sexy… Il est donc bien évidemment à lire et à recommander autour de vous !

Fantasy·Romance

Désaccordée T.2 : Orageuse, de Joanne Richoux

Titre : Orageuse

AuteurJoanne Richoux

EditionGulf Stream

Pages279

Prix16€

RésuméFêtes et virées en voiture ne suffisent pas à égayer les longues journées d’été de Violette. Depuis son retour à Saint-Crépin, la jeune fille ne se sent plus à sa place. Tous au village semblent avoir oublié son étrange disparition, trois mois plus tôt. Pas elle : le pays des Muses la hante. Un monde où les fleurs chantent, où la musique est reine et les garçons à croquer. Dans l’esprit de Violette, les questions se multiplient. Pourquoi devient-elle sensible à l’électricité ? Que fait Arpège, son premier amour ? Les Muses auraient-elles encore besoin d’elle ? Désirs enfouis ou réel danger, qu’importe ! Violette doit trouver le moyen de repasser de l’autre côté…


Mon avis : 

Désaccordée, le premier tome de cette duologie, m’avait agréablement surprise par la plume sublime de l’autrice, mais j’avais été un peu déçue de l’intrigue. Orageuse, au contraire, aura su me mettre d’accord avec Enora de Dream-Bookeuse (sur Instagram) puisque j’ai adoré ma lecture de bout en bout !

Quand l’histoire reprend, Violette est en dépression, déchirée d’avoir dû laisser Arpège au Pays des Muses et d’avoir découvert la trahison de son frère Oscar. Elle est prête à tout pour en apprendre plus sur les motivations de son frère, et ça la mène à redécouvrir ses propres origines et à repartir au royaume de Muses. Elle redécouvre un pays en proie aux problèmes politiques où ses anciens amis ne sont plus ce qu’ils étaient, et… Arpège ?

J’ai trouvé ce livre plus mature que le premier, que ce soit dans l’intrigue, les thèmes abordés (la haine, le couple, la découverte des origines, …) et surtout la romance entre Arpège et Violette. C’était le point qui m’avait sorti de l’histoire dans Désaccordée, mais c’est celui qui m’a fait vibrer tout au long d’Orageuse. Je vivais pour leur histoire, pour leurs sentiments, allaient-ils se remettre ensemble ? Emportée par le texte, j’ai fait l’impasse sur quelques incompréhensions à certains endroits pour me laisser emporter par la magie. On sent que Violette a grandi, elle est n’est plus l’adolescente naïve qu’elle était avant de découvrir les Muses. Elle sait qui elle est et ce qu’elle vaut, et ce qu’elle ne sait pas encore, elle le découvre au cours du livre. Sa relation avec Arpège est bien plus mature, loin du coup de foudre adolescent car elle a eu le temps d’y réfléchir et d’éprouver l’absence.

Le tout est porté par l’écriture, véritable point fort de cette série. En ouvrant Orageuse, j’ai immédiatement retrouvée la sensibilité de la plume de Joanne Richoux. Chaque description fait appel à nos sens, que ce soit l’ouïe, le toucher ou encore l’odorat. L’univers, qu’il soit réel ou imaginaire, foisonne de détails et de merveilles à chaque page, un vrai voyage sensoriel.

Fantasy

Silver Batal T.2 : La pierre de coeur, de K.D. Halbrook

TitreSilver Batal et la pierre de coeur

AuteurK.D. Halbrook

EditionLumen

Pages379

Prix16€

RésuméAprès avoir échappé de peu aux griffes de la reine Imea, Silver Batal et son dragon d’eau, Hiyyan, sont forcés de fuir la cité royale de Calidia. Traqués par des mercenaires, les deux amis décident de quitter le désert et de trouver refuge au nord du continent. Or ces vastes étendues enneigées sont pleines de danger : elles abritent non seulement de nombreuses créatures des montagnes, mais aussi de féroces dragons des glaces à la morsure empoisonnée.
Parti avec sa dresseuse explorer un glacier truffé de cachettes, Hiyyan se fait attaquer par un dragon belliqueux et tombe gravement malade. Pour lui sauver la vie, Silver est contrainte de se lancer à la recherche d’une des légendaires pierres de cœur de dragon d’eau. Sa quête l’emmène aux confins du pays, depuis les sommets d’une vertigineuse chaîne de montages où vivent les énigmatiques Guetteurs, jusqu’aux petites îles côtières où l’attendent des rencontres surprenantes.


Mon avis : 

Le tome 1 avait été une très bonne découverte avec un univers passionnant et une héroïne humaine qui avait des bons et des mauvais côtés. Ecrire un second tome est toujours périlleux dans une trilogie car il y a souvent cet effet de transition.

Malheureusement, Silver Batal n’échappe pas à la règle et on a un livre qui ne fait pas avancer l’histoire, si ce n’est quelques pistes d’intrigues qui sont lancées sur la fin. On la retrouve errant dans les paysages glacés en attendant une invitation à aller sur la côté océanique pour se protéger de la reine. Au détour d’une énième imprudence de Silver, Hiyyan est blessé et ils doivent chercher de l’aide pour trouver une pierre de coeur et le soigner. De là s’enchaînent quelques péripéties et, malheureusement, de grosses facilités scénaristiques… En y repensant, les héros n’ont jamais été dans un réel danger car ils tombaient systématiquement sur LA solution.

Ce deuxième tome est une introduction au dernier, l’autrice nous dévoile quelques éléments intrigants qui donnent envie de continuer (mais sans plus pour moi). Mais il est plombé par Silver qui devient, à mon sens, infecte et stupide. Pourquoi nous avoir créé un personnage complexe, avec des réactions matures mais qui convenaient à son jeune âge, pour tout changer maintenant ? Je ne l’ai pas reconnue, elle se révèle très égoïste, pensant uniquement à elle et à la victoire, sauf quand on lui rappelle qu’elle a un dragon à s’occuper.

Entre Silver et son amie, j’ai eu bien du mal à trouver des personnages intelligents. Heureusement que Nebeker était là pour relever le niveau. Certes, elles ont douze ans, mais pourquoi les avoir fait intelligentes et matures dans le premier si c’est pour les rendre inconscientes et insupportables dans le deuxième ?

Malgré tout, j’ai apprécié ma lecture car l’univers se complexifie et l’autrice a réellement semé des pierres qui attirent le lecteur vers elle. Reste à voir si le dénouement sera à la hauteur…

Bilan

Bilan Lecture d’Août !

Aaah les vacances… Pour la première fois depuis plusieurs années, j’ai passé un mois entier à lire uniquement des livres de ma PAL, sans lire pour le travail ou les services presse. Ca a été un mois très agréable, sans pression de quota de livres mensuel, de délais, …

Je pense donc à terme réduire (encore plus que je ne le fais), les demandes de services presse. Au niveau du papier je l’avais déjà fait, mais j’avoue avoir du mal à réduire sur Netgalley car beaucoup des livres proposés sont intéressants également pour mon travail de bibliothécaire.

En ce qui concerne mes lectures, j’ai fait de très bonnes découvertes mais j’ai été déçue par le roman de Julie Otsuka « Quand l’empereur était un dieu », après mon coup de coeur phénoménal pour Certaines n’avaient jamais vu la mer, j’en attendais beaucoup plus au niveau du style d’écriture et de narration.

Contemporain·Drame

Le secret de Mona, de Patrick Bard

TitreLe secret de Mona

AuteurPatrick Bard

EditionSyros

Pages176

Prix15,95€

RésuméPendant des mois, Mona s’est efforcée d’être invisible aux yeux de tous, de s’effacer. Mais le jour où son petit frère a été pris d’une forte fièvre, elle a dû le conduire en urgence à l’hôpital. Sans cela, cette histoire aurait pu ne jamais commencer. Mona n’aurait pas grillé ce stop, les gendarmes ne l’auraient pas arrêtée. Quand ils ont découvert une fille un peu trop jeune au volant, ils ne savaient rien encore du secret de Mona.

 


Mon avis : 

Quand j’ai découvert Patrick Bard avec Et mes yeux se sont fermés, j’ai eu un coup de coeur pour sa plume et sa manière de traiter des sujets sensibles. J’ai retrouvé ça, sans le coup de coeur, avec Le secret de Mona.

La narration se fait avec plusieurs points de vue, à la manière d’un rapport d’enquête policière, on y suit Mona, les enquêteurs, les témoins, … Car quand Mona grille un stop en voiture, les policiers ont des soupçons : la jeune fille semble s’occuper seule de son petit frère, est mineure et roule sans permis. Où est donc passée la mère ? En formation au Mans comme l’indique Mona ? C’est la question qui reviendra tout au long du roman. Patrick Bard a un don pour mener une intrigue, entraîner le lecteur dans une direction avant de le surprendre par un revirement. Moi qui pensait avoir vu venir la chose, j’ai été agréablement surprise d’être mise face à mon erreur.

Avec ce roman pour adolescents, il raconte le rôle des aînés qui doivent faire office de parents trop tôt, l’absentéisme des vrais parents et le processus psychologique du déni. La narration sous forme d’enquête induit le lecteur en erreur et maintient un véritable suspense jusqu’à la fin. Il interroge aussi sur le système français de protection de l’enfant et la séparation des fratries lors des placements en famille d’accueil. Ce sont des sujets sur lesquels j’avais eu peu l’occasion de lire et que j’ai trouvé très intéressants.

Le personnage de Mona, avec son franc parler qui peut choquer parfois, est crédible jusqu’au bout des doigts : une adolescente mature avant l’heure, angoissée à l’idée de perdre son frère et sur le qui-vive constant. Quant aux policiers, ils ne sont ni bons ni mauvais : sévères quand ils doivent l’être, mais compréhensifs quand il le faut, on est loin d’une caricature de bon flic/mauvais flic et ça fait du bien.

Pourquoi n’est-ce pas un coup de coeur alors ? Parce que même si Mona est un personnage très crédible, j’ai eu beaucoup de mal avec son style d’expression, et ça m’a bloquée pour entrer dans l’histoire aussi facilement que je le souhaitais. Cependant, Le secret de Mona est un très bon roman ado, dur parfois, mais très intéressant.

Contemporain·Nouvelle·Polar·Thriller

Femmes sans merci, de Camilla Läckberg

TitreFemmes sans merci

Auteur : Camilla Läckberg

EditionActes Sud

Pages144

Prix : 14.90€

Résumé Prisonnières de leur mariage, trois femmes qui ne se connaissent pas échangent des confidences sur un forum internet. Ingrid, qui a sacrifié sa carrière de journaliste au profit de celle de son mari, découvre que ce dernier la trompe sans scrupules. Et n’aspire qu’à se venger. Birgitta se sait malade depuis plusieurs mois mais n’a cessé de repousser le moment de consulter un médecin. Les ecchymoses qui couvrent son corps pourraient trahir les violences qu’elle subit dans l’intimité ; or Birgitta a jusqu’ici préservé l’unité de son foyer. Victoria a quitté sa Russie natale pour venir s’installer en Suède avec un homme dont elle a fait la connaissance sur un site de rencontres. Mais il n’est en rien le mari qu’elle imaginait. Sa nouvelle vie a tourné au cauchemar. Humiliées, battues, blessées, elles échafaudent ensemble un plan. Et le mettent en œuvre. Un procédé imparable, sans mobiles apparents. Pour libérer chaque femme, il faut supprimer son bourreau. En réussissant des meurtres parfaits…


Mon avis : 

Je ne pensais pas lire un jour un roman de Camilla Läckberg : trop sombre, trop meurtrier, trop noir, … Mais la thématique forte de cette nouvelle m’a fait changer d’avis.

L’autrice aborde les violences conjugales, dans la lignée du mouvement #MeToo. Elle écrit une nouvelle polyphonique où les trois héroïnes vont être amenées, pour des raisons diverses, à tuer leur mari : victimes de violences elles-mêmes, bafouées, humiliées, … les raisons sont nombreuses. En les suivant, le.a lecteur.ice découvre leur quotidien, la manière dont cette violence peut être insidieuse et invisible en dehors du foyer conjugal.

A travers elles, on aborde les différents types de violence : psychologique avec la tromperie et la peur, physique avec les coups, et les deux avec la séquestration. Que ce soit Ingrid, Brigitta ou Victoria, chacune est poussée à bout et n’en vient au meurtre que parce qu’aucune autre solution ne semble possible.

Mais comment commettre le meurtre parfait ? Pour ma part j’avais deviné la fin, ayant déjà vu un film avec le même procédé, mais l’ingéniosité demeure et la précision avec laquelle les meurtres sont effectués est glaçante. L’autrice a un don pour raconter la mort de manière factuelle, froide et distanciée, sans pour autant déshumaniser les meurtrières. De même, alors que je suis une grande froussarde, je n’ai pas eu peur en lisant : j’étais juste en colère face à la vie qui les poussait à cette extrémité.

Je ne regrette pas d’avoir lu cette nouvelle, elle fait réfléchir et aborde un sujet important. Je pense que c’était une bonne manière d’entrer dans l’univers de Camilla Läckberg et je me laisserai peut-être tenter par un autre de ses titres dans le futur…

BD·Coup de coeur·Documentaire·Drame·Historique

La Bombe, de Alcante & L.F. Bollée & Denis Rodier

TitreLa Bombe

AuteursAlcante, L. F. Bollée et Denis Rodier

EditionGlénat

Pages472

Prix39€

RésuméLe 6 août 1945, une bombe atomique ravage Hiroshima. Des dizaines de milliers de personnes sont instantanément pulvérisées. Et le monde entier découvre, horrifié, l’existence de la bombe atomique, première arme de destruction massive. Mais dans quel contexte, comment et par qui cet instrument de mort a-t-il pu être développé ? Véritable saga de 450 pages, ce roman graphique raconte les coulisses et les personnages-clés de cet événement historique qui, en 2020, commémore son 75e anniversaire. Des mines d’uranium du Katanga jusqu’au Japon, en passant par l’Allemagne, la Norvège, l’URSS et le Nouveau-Mexique, c’est une succession de faits incroyables mais vrais qui se sont ainsi déroulés. Tous ceux-ci sont ici racontés à hauteur d’hommes : qu’ils soient décideurs politiques (Roosevelt, Truman), scientifiques passés à la postérité (Einstein, Oppenheimer, Fermi…) ou acteurs majeurs demeurés méconnus, tels Leó Szilàrd (le personnage principal de cet album, un scientifique qui remua ciel et terre pour que les USA développent la bombe, puis fit l’impossible pour qu’ils ne l’utilisent jamais), Ebb Cade (un ouvrier afro-américain auquel on injecta à son insu du plutonium pour en étudier l’effet sur la santé) ou Leslie Groves (le général qui dirigea d’une main de fer le Projet Manhattan) – sans oublier, bien sûr, les habitants et la ville d’Hiroshima, reconstituée dans La Bombe de manière authentique.


Mon avis : 

La Bombe est une BD documentaire d’une profondeur et d’une précision incroyables. Son épaisseur et son poids le prouvent, mais même si ça peut faire peur, l’ouvrage mérite d’être lu !

L’histoire de la bombe atomique, des prémices de sa création jusqu’à son utilisation est racontée dans le moindre détail. Les auteurs alternent le point de vue de la bombe qui apparaît tel un prédateur ; et un point de vue narratif plus neutre pour raconter l’histoire. Même si j’ai pu avoir quelques difficultés au début de ma lecture avec la profusion d’informations scientifiques et de personnages, j’ai été captivée à partir d’un tiers de l’ouvrage.

Les auteurs y abordent les aspects aussi bien scientifiques que politiques dans le détail. On y découvre comment la bombe a été fabriquée et pourquoi. Comment elle est passée d’un objectif dissuasif face à l’Allemagne nazie, à une arme contre les Japonais ; la manière dont l’armée a récupéré le projet et le secret qui l’entourait, … Mais outre la bombe en tant que telle, cette bande-dessinée va plus loin en racontant également les essais de plutonium que les Américains ont mené sur des personnes non consentantes pour en tester les effets. Chaque page est l’occasion de découvrir de nouveaux éléments sur un sujet qu’on résume bien trop vite à Hiroshima et Nagasaki alors qu’il est si vaste.

J’ai été de découvertes en découvertes, aussi macabres soient-elles, avec des planches en noir et blanc qui accentuent le sérieux du sujet. La narration fait de la bombe une marionnettiste qui se joue des humains et c’en est glaçant, surtout lorsqu’on lit les dernières lignes sur la puissance nucléaire aujourd’hui…

Cette bande-dessinée est un coup de poing, véritable documentaire accessible à tou.te.s il est à mettre dans toutes les bibliothèques !

Contemporain

Et que ne durent que les moments doux, de Virginie Grimaldi

TitreEt que ne durent que les moments doux

AuteurVirginie Grimaldi

EditionFayard

Pages360

Prix18,50€

RésuméL’une vient de donner naissance à une petite fille arrivée trop tôt. Elle est minuscule, pourtant elle prend déjà tellement de place.
L’autre vient de voir ses grands enfants quitter le nid. Son fils laisse un vide immense, mais aussi son chien farfelu.
L’une doit apprendre à être mère à temps plein, l’autre doit apprendre à être mère à la retraite. 
C’est l’histoire universelle de ces moments qui font basculer la vie, de ces vagues d’émotions qui balaient tout sur leur passage, et de ces rencontres indélébiles qui changent un destin.


Mon avis : 

Je n’avais jamais lu de romans de cette autrice, mais c’est une incontournable en médiathèque. Avec cette nouveauté, mon impasse est réparée et j’ai eu l’occasion de découvrir une plume touchante.

Dans ce nouveau roman, Virginie Grimaldi parle de maternité : Lili devient mère d’une enfant prématurée et doit créer des liens, Elise est une mère qui doit apprendre à laisser ses enfants grandir et partir. Tout au long du livre, on les voit évoluer, grandir, s’approprier et comprendre cette nouvelle maternité. Car être mère, ce n’est pas inné, ça s’apprend et surtout ça se ressent. L’autrice évoque ici les moments joyeux comme tristes. Elle n’oublie pas la peur, la tristesse, la solitude, l’angoisse permanente pour ses enfants, … Le tout devient un roman doux-amer où, effectivement, on ne retient que les moments doux malgré un sujet qui peut s’avérer très sensible pour certaines personnes.

Lili est une jeune mère qui se rend coupable d’avoir accouché prématurément et doit gérer son propre ressenti mais également celui des autres. Dans cet univers particulier de la maternité, elle rencontre d’autres parents, aussi inquiets qu’elle car les grossesses ne se passent pas toujours aussi bien que dans les films. Avec l’accouchement il y a la peur, l’angoisse permanente pour l’enfant et la peur de mal faire. Et quand on fait bien, on finit par devenir mère à la retraite avec les années, comme Elise. Après avoir appris à vivre avec, elle doit apprendre à vivre sans et c’est avec beaucoup de sensibilité que Virginie Grimaldi aborde ces sujets, sans jugement ou a priori. 

Même si je me suis doutée du dénouement dès les premières pages, j’ai pris plaisir à découvrir les personnages et les différentes visions de la maternité, mais aussi de la parentalité à deux. Car Lili et Elise ne sont jamais seules : l’une en couple et l’autre divorcée ont bel et bien le soutien d’un deuxième parent. Où se trouve alors la place de cet.te autre par rapport à celle qui a porté l’enfant ?

J’ai découvert avec ce livre, une autrice avec une plume belle et touchante, que j’aurai plaisir à découvrir dans ses autres romans.